magasin de Producteurs de Goasven : avant tout un lieu pour développer une production agricole locale de qualité et respectueuse de notre environnement.


Mois sans Supermarché (suite des interviews)

Entretien avec Aude Ouvrard, maraîchère à Loperhet, pour le magasin de Producteurs de Goasven à Logonna-Daoulas
Réalisé par Patrick Sablon

Peux-tu nous présenter le Magasin de Producteurs et le lieu ?
Le magasin fête bientôt ses 6 ans. C’est Fest noz le 31 mai !
C’est une SCI, créée pour le projet, qui a acheté les bâtiments (une ancienne ferme, avec une maison et un hangar) et le parking. Elle est constituée de 207 sociétaires associés. Elle a réuni une somme conséquente et elle a contracté un emprunt à La Nef pour compléter le capital. Cela a permis de réaliser l’achat et d’engager les travaux d’aménagement.

L’association des Producteurs est locataire et rachète tous les ans des parts pour devenir à terme majoritaire. Un an après, l’association des Consom’acteurs voit le jour et crée le café associatif dans l’ancienne maison d’habitation.
Nous sommes en lien avec d’autres magasins et il y a un réseau des magasins de producteurs autogérés en constitution. Il est coordonné par le CIVAM du Finistère (Centre d’initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural). 
Nous avons un salarié pour la partie vente et une salariée pour la gestion du stock, l’approvisionnement, les relations avec les producteurs et la communication.

Qui sont les producteurs ?
Nous avons écrit une Charte qui définit ce qu’on entend par « producteur local » : il-elle produit dans un rayon de 80 km maximum.
Il y a des exceptions car le principe est le lien avec les producteurs : on connaît le paludier qui produit le sel à Noirmoutier, les agrumes viennent d’une coopérative de Sicile qui vend aux AMAP et aux magasins de producteurs, les vins naturels des vignerons pays de Loire ou d’Ardèche qui viennent au salon du « Vin dans les voiles » début de l’été. On l’a même fait venir à la voile ! 

Il y a-t-il une labellisation obligatoire ? Non, la charte parle de « production paysanne », c’est-à-dire une production sur le territoire à échelle familiale, qui fait vivre le pays et génère une économie locale.
En fait les ¾ des produits sont labellisés Bio, il y a 3 % de Nature et Progrès. Les autres ce sont les transformateurs qui utilisent des ingrédients bios et qui devraient faire labelliser chaque recette ! Ou bien des producteurs qui ne peuvent pas assumer les contraintes administratives, financières d’une labellisation (le miel, la propolis par exemple). Pour les produits laitiers, la démarche de passage en système herbagé est en cours.

De toute manière, lorsque qu’un-e producteur-trice veut
entrer, on essaie de comprendre sa démarche. Il-elle vient présenter sa
production aux autres. Ils vont être attentifs à la démarche qualité et au
souci de l’environnement. On est plus exigeant aujourd’hui ! Et une
labellisation ne garantit pas tout !

Combien êtes-vous ?
Nous sommes 40 producteurs : 30 producteurs adhérents et 10 dépôt-vendeurs.

Tu peux expliquer ?
Les adhérents participent au magasin (permanences, réunions…) et ils laissent une marge de 15% sur leurs ventes pour participer aux charges de fonctionnement du magasin.
Les dépôts-vendeurs déposent seulement leurs produits et laissent une marge de 30%.

Vous êtes plutôt nombreux, ce n’est pas trop compliqué de s’organiser ?
Nous avons mis en place une organisation par produit pour l’approvisionnement : nous sommes 5 maraîchers, les producteurs de viande sont présents en fonction des dates d’abattage …

Comment s’organise l’association ?
Il y a un bureau collégial composé de 3 coresponsables.
Comme évoqué avant, il y a les 2 statuts des producteurs. Seuls les adhérents participent aux réunions. Nous en avons une par mois qui réunit entre 5 et 10 adhérents.
La salariée centralise les infos et les diffusent aux producteurs. En effet, ils-elles ont besoin du retour des clients mais la permanence au magasin ne suffit pas pour être disponible et réceptif, même s’il y a des échanges.
Et puis, la vente augmente sensiblement, alors il faut pouvoir conserver une qualité de la relation, bref trouver un équilibre. C’est important et c’est une des missions de la salariée d’accompagner cette réflexion.

Tu parles d’augmentation des ventes, ça veut dire plus de clients ? Oui, et surtout beaucoup de nouvelles personnes qui découvrent ! Ca nous pose question. Nous avons envie de leur faire partager l’histoire et le sens du projet !
C’est avant tout un lieu créé pour soutenir et développer une production agricole locale de qualité et respectueuse de notre environnement.
Nous aimerions informer les nouveaux clients de ce qui nous motivent tous, producteurs comme consommateurs, dans ce beau projet citoyen ! 
Par exemple, leur expliquer pourquoi il n’y a pas de carotte en avril et que s’ils en trouvent ailleurs c’est parce qu’elles viennent de loin ! Ou encore, le droit aux vacances des producteurs !

C’est bien un projet politique et pas seulement un lieu de
consommation !

Le magasin devient petit, il y a un projet d’agrandissement il me semble.
Oui, c’est en réflexion depuis un moment. Il y a un réel besoin. 40 producteurs c’est beaucoup ! Il faut maintenant boucler le budget. On aimerait faire des travaux l’été.
Ce sera l’occasion d’interpeller les clients, leur expliquer le projet, voire de les impliquer dans la SCI pour augmenter son capital et de ce fait les lier au magasin !

Vous connaissez bien votre clientèle, tu peux nous la décrire ?Une bonne partie est constituée des retraités qui ont un bon pouvoir d’achat et des familles (30/40ans + enfants). Ils viennent faire une grande partie de leurs courses en produits frais.
Les plus jeunes et les personnes à petits moyens se fournissent plutôt en produits de base (pain, …).
Nous constatons, comme je l’ai déjà dit, un renouvellement important.
La fréquentation et, par conséquent, le chiffre de vente augmente de 15% par an.

Comment sont fixés les prix ?Chaque producteur est libre. C’est basé sur la confiance entre pairs producteurs. Le principe est que la marge n’est pas payée par le client.
Mais on sait que certains produits reviennent plus chers à produire car ils demandent plus de temps : le porc blanc de l’Ouest est une race qui grossit moins vite par exemple.
En tous les cas, nous privilégions la transparence : une explication peut être donnée à la demande sur les façons de travailler.
Nous avons aussi organisé des visites chez quelques producteurs : ça permet de comprendre beaucoup de choses ! 

Votre projet a pas mal d’impacts positifs !
On essaie de calculer « la juste quantité » de produits pour limiter voire éviter les invendus, quitte à être en rupture. L’objectif c’est d’éviter les pertes et les déchets ! La grande distribution, elle, les intègre dans sa gestion des stocks et financière.
Il arrive malgré tout qu’il reste quelques produits : on pense à les donner pour de la transformation ou à la cantine mensuelle qui vient de se mettre en place depuis fin février. Nous avons peu d’emballages : les clients ramènent bouteilles de jus, pots de yaourt, de pesto…
Nous aimerions supprimer les sacs en papier en proposant des sacs en tissus.

Et les transports ?
Les producteurs emmènent leurs produits. Les clients habitent dans les communes environnantes, ils viennent sur leurs divers trajets. Sans les mesurer précisément, l’impact des transports et des déplacements est limité. Mais pour la plupart des clients, c’est une partie des achats qu’ils font ici. Ils vont ailleurs pour le reste !
Dans l’agrandissement, après sondage, nous pensons proposer des produits secs en vrac : riz, lentilles, sucre…
Ça devrait encore limiter les déplacements !

Vous proposez donc une alternative au supermarché ?
Oui bien sûr !
Quand on commence à réfléchir à sa consommation alimentaire : comment c’est fait ? Qui le fait ? D’où ça vient ? Quelles sont les contraintes ? … on reprend possession de son acte d’achat, ce qu’on ne fait pas forcément quand on va au supermarché. On ne se pose pas toutes ces questions !
Dès qu’on veut « savoir ce qu’on mange », on déroule une pelote qui nous emmène vers la compréhension de la production, des systèmes agricoles, de l’industrie agro-alimentaire, des impacts sur l’eau, l’air, les sols, les paysages, la nature, la santé, on questionne aussi l’éducation …
Notre magasin se situe dans cette réflexion politique de « transformation sociale » pour une vraie qualité de vie et le bien manger.
C’est simple, venir faire ses courses chez nous, c’est poser « un acte concret, immédiat et accessible » ! Ça permet de rentrer chez soi cuisiner des bons produits pour notre famille, nos amis, nos enfants. Et de pouvoir nommer les producteurs qui cultivent, élèvent ou transforment toutes ces bonnes choses !

Les horaires du magasin « épicerie paysanne »
de Goasven

Le mardi de
16h30 à 19h

Le vendredi de 15h à
19h30

Le samedi de 9h30
à 12h30

Plus d’infos : http://www.goasven.infini.fr/

Les autres magasins de producteurs autogérés en
Finistère

Bro an are
à Saint Rivoal

La ferme de Kermarzin à Argol

La ferme de Locmaria à Quimper

Bio Ty Tud à Briec

Cet article est repris du site http://transitioncitoyennebrest.info/magasin-de-producteurs-de-goasven-avant-tout-un-lieu-pour-developper-une-production-agricole-locale-de-qualite-et-respectueuse-de-notre-environnement/
Posté le mardi 11 juin 2019
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