Une interview de Sandrino Graceffa, le premier PDG d’Initiatives et Cité

Une culture de projet basée sur l’action collective au service de tous et de chacun

article dans sa langue originale

Début février, dix entreprises se sont regroupées au sein d’une Union d’Economie Sociale Anonyme à capital variable dénommée Initiatives et Cité. En donnant naissance à l’un des premiers clusters de l’Économie Sociale et Solidaire en France.

Interview de Sandrino Graceffa, également gérant de Multicité, à qui il a été confié le premier mandat de PDG d’Initiatives et Cité.

Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

Nord-Social.Info : D’où est venue l’idée d’Initiatives et Cité ?

Sandrino Graceffa : La société coopérative Multicité a été créée en 2001. Elle a constitué progressivement une équipe pluridisciplinaire de 10 consultants, intervenants de manière complémentaire dans le développement local et territorial autour de 3 métiers (étude, conseil et formation).

Depuis 2006, Multicité connaît un développement externe conséquent : création de Grandsensemble, d’Alterna, de Smartfr, de Culture d’Entreprise… Il était nécessaire d’envisager des modalités de coopérations entre ces entreprises.

Très vite, nous nous sommes aperçus que le modèle classique de regroupement d’entreprises ne correspondait pas à nos systèmes de valeurs.

En général, un groupe est une holding qui consolide les comptes des différentes entreprises membres. En réalité seul le résultat de la holding compte aux dépens des résultats des entreprises membres. Notre perspective n’était pas en adéquation avec le modèle de holding notamment parce que le sentiment d’appartenance, des acteurs humains à l’entreprise, est fort et important. Nous avons donc envisagés une autre forme de coopérations et de regroupement.

N-SI : Comment s’est-elle mise en place ? Quelle démarche avez-vous adoptée ?

S.G. : Notre culture de projet est basée sur l’action collective, ce qui n’est pas étranger à ce qu’un nombre important des entreprises membres soient des coopératives. Ainsi, nous avons mis en oeuvre une démarche collective qui repose sur deux spécificités :
- Définir un projet en tenant compte de la perception de chaque entreprise, quelquefois de l’ensemble des salariés/associés : co-construction.
- Considérer la création d’Initiatives et Cité comme une démarche entrepreneuriale à part entière donc nécessitant de s’imposer un calendrier précis, et d’être réactif (dans la démarche préalable à la création). Ce qui s’est traduit par un rythme de travail assez soutenu et des productions conséquentes ces 6 derniers mois.

« Toute la démarche est concentrée sur une durée relativement courte ce qui a permis de ne pas laisser le soufflé retomber. »

N-S.I : Quelles furent les étapes clés de la formalisation de ce projet ? :

- Février-Avril 2009 : Rencontre de l’ensemble des dirigeants individuellement. Ces rencontres ont permis de recenser les besoins, de repérer les limites du fonctionnement antérieur, et surtout de mesurer le niveau d’engagement dans un projet collectif.
- Avril 2009 : Recrutement d’Eléna Fernandes chargée d’assister Sandrino Graceffa et de préfigurer une mission d’animation du réseau d’entreprises.
- Avril - Juin 2009 : Formalisation du Pré-projet Initiatives et Cité et mise en place d’une base de données recensant l’ensemble des informations clés des entreprises.
- 3 Juillet 2009 : Séminaire de lancement d’Initiatives et Cité regroupant l’ensemble des entreprises. Organisation des trois groupes de travail suivants :

  • Le développement et la commercialisation
  • Les achats et la Logistique
  • Le choix d’une organisation, d’une gouvernance et d’un modèle économique. - Juillet-Décembre 2009 : Mise en place des trois groupes de travail. Réalisation des neuf réunions (trois pour chaque groupe). Rencontre de partenaires.
    - 15 Septembre 2009 : Suite à une demande collective nous créons une plateforme virtuelle de travail. Il s’agit d’un site internet dont l’accès est réservé aux personnes investies dans la démarche du projet. (www.initiativesetcite.com)
    - 15 octobre 2009 : Création de l’association de préfiguration Initiatives et Cité.
    - 4 décembre 2009 : Séminaire de conclusion. Synthèse des groupes de travail. Validation des axes stratégiques du projet ainsi que des principes d’organisation et de gouvernance.
    - Arrêt de la date du 3 février 2010 pour l’organisation de l’assemblée générale extraordinaire de constitution de la SA Union d’Économie Sociale. Validation du Projet de candidature DIACT (Réponse à l’Appel à projets intitulé « Soutien à la dynamique des grappes d’entreprises »).

N-S.I :À quelles difficultés, quels obstacles vous êtes vous heurtés ?

S.G. : La première difficulté a été la représentation qu’ont - en général - les personnes de ce qu’est un groupe d’entreprises. Les représentations les plus classiques laissent présager une perte d’autonomie des entreprises ainsi qhttp://eco-sol-brest.net/ecrire/?ex... perte des éléments qui fondent l’identité spécifique de chacune d’elle.

La seconde difficulté consiste à passer d’une logique de relations informelles (coopérations basées sur des relations de confiance, des accords tacites) à une logique de contractualisation. Initiatives et Cité permet de poursuivre la démarche de coopérations interentreprises existantes depuis plusieurs années dans un cadre formalisé. « D’une certaine manière l’informelle est indispensable pour apprendre à se connaître, à travailler ensemble mais au bout d’un moment il faut passer à quelque chose de plus engageant si l’on souhaite que ces relations perdurent. Même si on a fait un contrat de mariage c’est toujours mieux de passer devant le maire. »

N-S.I : Quel est l’intérêt d’un tel regroupement ? Pour le groupe et pour chacune des structures qui le composent ?

S.G. : Notre vision du groupe d’entreprises est qu’il existe avant tout pour servir ses membres. Ce qui correspond à la définition du cluster : le projet collectif repose sur un outil - structure juridique porteuse - en adéquation avec le projet et tourné vers ses membres.

L’intérêt pour les membres d’Initiatives et Cité est d’augmenter de manière conséquente leurs cercles d’influence, et de qualifier certaines fonctions stratégiques (développement commercial, pilotage économique et financier, gestion des ressources humaines).

Plus globalement, il s’agit de permettre à de petites entreprises d’avoir une vraie place dans un segment de marché, et d’être moins vulnérable par rapport à la capacité de grands groupes d’investir nos domaines d’activités qui ont longtemps été appréhendés comme des marchés de niches.

- Lire l’article : « Une culture de projet basée sur l’action collective au service de tous et de chacun »

- Lire également : « Le premier cluster de l’Économie Sociale et Solidaire dans le Nord - Pas-de-Calais - Initiatives et Cité : un regroupement de dix entreprises »

Posté le vendredi 26 février 2010