Roland Peurez : « la crise légitime l’économie sociale et solidaire »


Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

Professeur émérite de l’Université de Montpellier où il enseigna la gestion, Roland Peurez a quitté la présidence du Réseau International sur les Organisations et le Développement Durable à l’occasion du 4ème colloque de ce rassemblement de chercheurs et d’universitaires. Il a donné à Nord-social.info son analyse sur les conséquences de la crise.

Nord-social. info : Pourquoi ce 4ème colloque du RIODD a-t-il pour thème : « La Responsabilité Sociale des Entreprises, nouvelle régulation du capitalisme ? »

Roland Peurez : « Ce thème avait été choisi par les chercheurs de Lille qui travaillent sur la régulation. La crise financière très importante qui a commencé en 2007, et qui s’est développée en 2008, a montré l’importance d’une réflexion sur le problème de la régularisation, et par la même de la Responsabilité Sociale des Entreprises. Celle-ci est posée de deux manières. »

« Soit on considère que les problèmes économiques actuels sont tellement urgents qu’il n’est pas vraiment nécessaire d’évoquer la Responsabilité Sociale des Entreprises comme élément fondamental ».

« Soit, au contraire, on estime, que les problèmes sont tellement importants qu’il convient de réfléchir à revoir l’ensemble du système de production et d’échanges et mettre au cœur des préoccupations le problème des responsabilités sociales, sociétales, et environnementales. »

Ce n’est pas une crise conjonturelle

Nord-social.info : ces solutions proposées par la RSE peuvent-elles être avancées comme réponses à la crise ?

Roland Peurez : « C’est ma conviction. Les chercheurs participant à ce colloque considèrent que nous ne sommes pas face à une crise conjoncturelle, mais à une crise du capitalisme, d’une manière générale à ce que l’on peut appeler des cercles de production trop intensifs, trop financiarisés, trop gérés par des éléments de performance de court terme. »

« Il est donc nécessaire de revoir les problèmes en fonction du long terme, des relations sociales, et du management des externalités, c’est-à-dire des incidences de l’activité économique sur l’environnement qu’il faut maintenant réintégrer dans le cœur des processus de management. »

Nord-social.info : l’économie sociale et solidaire n’apporte-t-elle pas des réponses à ces interrogations ?

Roland Peurez : « L’économie sociale et solidaire est un élément de plus en plus important à la fois du système de production en représentant tout de même beaucoup d’emplois, et par ailleurs, elle représente des modes de fonctionnement plus harmonieux. »

« Cependant, elle n’échappe pas à la crise. Du fait que cette économie est inscrite dans le secteur marchand, elle subit les conséquences de la crise. »
L’autorégulation, ça ne marche pas

Nord-social.info : ces valeurs et ses pratiques n’ouvrent-elles pas des perspective ?

Roland Peurez : « On peut dire que l’économie sociale et solidaire a été légitimée par la faillite du système et le dérèglement d’une économie trop financiarisée. »

« L’effondrement de la bourse et du système bancaire a montré l’importance de ce secteur. »

Nord-social.info : est-ce que les entreprises capitalistes peuvent vraiment devenir socialement responsables ?

Roland Peurez : « C’est un problème éthique, et au plan éthique, il y a beaucoup de choses à faire. »

« Ce qui est vrai, c’est que l’autorégulation, ça ne marche pas. Une régulation plus stricte est donc nécessaire, soit par l’intervention des pouvoirs publics, soit par l’intervention des autorités de régulation. »

Nord-social.info : On parle de régulation financière, mais est-ce qu’il peut y avoir une régulation sociale ?

Roland Peurez : « On parle de la régulation financière, mais il existe aussi des politiques de régulation concernant les problèmes de qualité, ou de santé. Il en va de la responsabilité des pouvoirs publics de veiller à ce que les conséquences de l’activité économique ne soient dangereuses ni pour la santé humaine, ni pour l’environnement. »

Un travail de mémoire

Nord-social.info : apparemment, la RSE est un sujet de plus en plus pris en charge par les universitaires ?

Roland Peurez : « C’est un sujet qui était un peu confidentiel il y a quelques années. Il monte en régime dans les facultés de science économique, mais aussi de gestion. » « La crise actuelle et les effets de la financiarisation renforcent l’intérêt pour ces thèmes. »

Nord-social.info : après un silence observé pendant plusieurs mois, déjà, les libéraux allument des contre-feux avec une idée : pas touche à mon capitalisme !

Roland Peurez : «  Tout à fait. Aux Etats-Unis, c’est encore plus net. La crise passée, on peut malheureusement craindre, les comportements humains étant ce qu’ils sont, que les leçons soient vite oubliées. »

« Par rapport à cela, le travail des chercheurs est de montrer qu’il existe une perte de mémoire. Car si cette crise est violente, ce n’est par la première crise du capitalisme. Le capitalisme entre périodiquement en crise, tous les 20 ou 30ans. »

Nord-social.info : les recherches sur la RSE ne sont-elles pas aussi un engagement ?

Roland Peurez : « Les chercheurs intervenant dans le domaine du développement durable le font pour des raisons scientifiques, mais aussi pour des raisons citoyennes. Cela correspond à leur vision du monde. Ces chercheurs souhaitent un monde moins heurté qu’il ne l’est actuellement.  »

Propos recueillis par Jean-Paul BIOLLUZ

Posté le dimanche 12 juillet 2009
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