Retour sur les 3è Assises de l’économie circulaire, par Solenn Vaillant, association Grüün


Solenn Vaillant, en passe de créer l’association Grüün qui s’intéresse au développement soutenable des territoires, s’est rendue aux 3es Assises de l’Economie Circulaire à Paris le 27 juin 2017. Elle vous livre un billet d’humeur (qui ne manque pas d’humour !), un compte rendu nourri d’infos utiles pour entreprendre et développer un projet à impact positif sur votre territoire...

Mardi 27 Juin 2017, 10 h. Je m’installe dans une majestueuse salle de la Maison de La Chimie, 7è arrondissement. Des mètres et des mètres de hauteur sous plafond, des tentures, des sièges confortables, et des hôtesses à chaque couloir.

Après 45 minutes de métro en surchauffe, la climatisation est la bienvenue. Je me dis que quand même, ils ont sacrément les moyens à l’Institut de l‘Economie Circulaire, et que l’ESS ne me semble pas avoir les mêmes budgets en province. Mais je ne boude pas mon plaisir. Je me plonge dans les kilos de documentation mis à disposition à l’entrée de l’amphithéâtre en attendant le lancement de ces 3è Assises de l’Economie Circulaire, organisées par l’ADEME, en me faisant in petto la remarque qu’en termes de pratiques, on est encore un peu loin du zéro déchet.

Des applaudissements soudains et nourris me font relever la tête. J’entends mes voisins derrière chuchoter « C’est Nicolas Hulot ! ». Et en effet, une fois passée l’armada de photographes officiels, j’aperçois le bonhomme en chair et en os. Il n’était pas annoncé sur le programme. Je me redis qu’effectivement, l’événement doit être d’envergure.

Petit aparté pour les lecteurs et lectrices d’EAFB non initié.e.s.

L’économie circulaire, qu’est-ce que c’est ?


Le modèle économique dominant est dit « linéaire » : on extrait les ressources, on les transforme, on les consomme, et puis on les jette. Combiné à une consommation de masse et une démographie exponentielle, ce modèle fait subir une pression énorme sur nos ressources naturelles.
L’économie circulaire, elle, va venir s’interroger et agir de manière transversale pour réduire de manière systématique la quantité de matières premières et d’énergie à tous les stades du cycle de vie d’un produit. En pratique, cela peut être fabriquer un T-shirt à partir de bouteilles plastiques usagées sourcées localement, ou encore louer des produits plutôt que les vendre (Michelin qui vend des kilomètres de route plutôt que des pneus…). Fin de la parenthèse.

Invité à ouvrir les séances d’ateliers et de plénières qui vont se succéder à un rythme soutenu pendant 2 journées, le tout neuf Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, donne le ton en invitant chacun.e à voir grand et loin : « il faut aller plus loin dans ce phénomène irréversible. […] Faciliter les expérimentations, identifier ce qui fonctionne et le généraliser. »

Il annonce dans la foulée que le décret d’application du déploiement du tri des déchets à la source par les collectivités est paru, annonce le fléchage de financements « investissement d’avenir » vers l’éco-conception, une incitation à l’intégration de clauses spécifiques Economie Circulaire dans les marchés publics, et, pour la première fois, l’intégration des fiscalités incitatives et dissuasives dans la réflexion fiscale globale.

Difficile de faire un résumé exhaustif de la richesse et de la variété des interventions qui ont eu cours lors des deux journées.

Voici néanmoins quelques constats plutôt unanimes sur les freins à la mise en place du modèle et les leviers identifiés :

  • Des difficultés d’ordre organisationnel : comment superposer une échelle opérationnelle (souvent une entreprise, une ZA, une communauté de communes), et une échelle stratégique ? ;
  • Des difficultés d’ordre psychologique : il y a un vaste chantier pour faire évoluer les représentations sociales (les gens ne comprennent pas ce qu’est l’économie circulaire ou la réduisent la gestion des déchets), y compris à l’intérieur des entreprises ; un intervenant faisait également état d’une prise de conscience et attente des consommateurs mais paradoxalement des comportements et valeurs consuméristes qui se portent bien ;
  • Des freins réglementaires et des leviers fiscaux pas assez utilisés  : on note des difficultés réglementaires au ré-emploi, quant à la fiscalité… si la quasi-intégralité des participants a souligné la nécessité d’obliger à intégrer dans les calculs de coûts les externalités environnementales (via la fameuse « taxe carbone », par exemple), elle n’a pas semblé à l’ordre du jour des politiques publiques pour autant… ;
  • Des leviers d’ordres structurels ou culturels : la nécessité de modifier les modes de gouvernance, la difficulté d’échapper au piège du greenwashing si l’on n’inscrit pas les démarches dans un « faire » différemment, et encore beaucoup de travail du côté de l’éco-conception (c’est-à-dire anticiper au moment de la conception d’un produit sa durabilité, sa future réutilisation, et le recyclage des pièces qui le composent).

L’intervention d’un membre de la Commission Européenne a également permis d’identifier plusieurs initiatives clés instaurées en 2016 ou à venir en 2017 (et donc autant d’opportunité de financements par des fonds européens type H2020) : une stratégie sur les matières plastiques dans l’économie circulaire, une communication sur les législations sur les produits, substances chimiques et déchets afin de faciliter la création d’un marché des matières premières secondaires, le lancement d’une plateforme des parties prenantes de l’économie circulaire, une plateforme des acteurs concernés sur les déchets alimentaires, l’initiative « Industrie 2020 et l’économie circulaire » qui octroiera plus de 650 millions d’euros à des projets de démonstration innovants qui soutiennent les objectifs de l’économie circulaire et la compétitivité industrielle dans l’Union.

Je sors de ces deux journées à la fois rassurée, car je constate que finalement, tout le monde arrive à des réflexions sensiblement identiques aux miennes, que les réseaux sont en train de se structurer. Mais je suis aussi un peu sur ma faim. Je venais chercher outils et méthodologies pratiques à injecter dans mon projet, mais nous n’en sommes pas encore là, les expérimentations ne sont pas encore finies, ni généralisables, bref il reste encore beaucoup à faire.

En revanche, il semble que l’Europe et un certain nombre d’acteurs et de financeurs (ADEME, notamment) aient décidé d’investir massivement dans ces filières et pratiques nouvelles. C’est donc vraiment, à plusieurs titres, le moment d’entreprendre dans l’Economie Circulaire et l’Innovation Soutenable.

L’ADEME a publié les recueils de toutes les interventions, ainsi qu’un libre blanc de l’économie circulaire, qui détaille l’expérimentation de divers plans et pratiques dans quatre territoires français. http://www.ademe.fr/mediatheque

Solenn Vaillant : 07.68.86.05.94
contact@gruun.fr
http://gruun.fr (Site en construction)


Merci à Solenn pour cette chronique destinée à être partagée dans le réseau Entreprendre au féminin. Vous vous rendez, vous aussi à des évènements économiques dont vous souhaitez faire profiter les autres membres, contactez-nous !
gaelle.vigouroux@entreprendre-au-feminin.net

Cet article est repris du site http://www.entreprendre-au-feminin.net/Retour-sur-les-3e-Assises-de-l
Posté le vendredi 21 juillet 2017
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