Rencontre avec Vert le Jardin : petite histoire de partage...


Utiliser le jardinage pour créer du lien entre les personnes. Une idée toute simple cultivée depuis plus de douze ans à Vert le Jardin.

Formidable outil de reconquête de l’estime de soi et d’apprentissage à la vie sociale Vert le jardin c’est avant tout des rencontres et des expérimentations sympathiques.

Rencontre insolite avec Michel CAMPION, Céline LE BIHAN, Maitena et Martine de Ponta.

Arrivé Venelle de Kergonan dans le quartier de Pontanezen à Brest, je découvre un îlot au milieu d’une forêt d’immeubles et de zones commerciales. Une table peinte en rouge comme à l’école, un blanc, quelques chaises et à coté les chants d’oiseaux et déjà très loin le brouhaha de la ville.

Un bâtiment de pierre arrimé là depuis de nombreuses générations. La porte est ouverte, bien sûr, j’entre.

"Bonjour" me lance avec deux larges sourires, Céline LE BIHAN et Maitena affairées entre les sachets de graines pour la prochaine commande de la Boutik jardinière et un dossier administratif de l’association.

"Tu veux un café ?" me propose Céline

"On a du thé vert aussi, avec cette chaleur" rajoute Maitena

Je souris, je me sens à l’aise....la magie Vert le Jardin opère déjà...

De Park Ar Skoazel à la Charte d’inter jardins partagés de Brest, une histoire de jardins

"C’est Park Ar Skoazal dans le quartier de Bellevue en 1998 qui marque le début de l’aventure." précise Céline. "Tout est partie d’une intuition d’un petit groupe de personnes investies dans l’insertion et l’éducation populaire autour du fait de jardiner comme outil de lien social".

Le collectif se dote alors d’une personnalité morale pour contractualiser avec la municipalité et commence à vérifier son intuition.

Michel a réalisé une étude en trois mois, et à chaque fois, l’accueil était positif ! La Ville de Brest a été séduite par l’idée en particulier pour les Zones Urbaines Sensibles".

"Et, c’est parti très vite !" précise Céline "C’est une association qui s’est montée à l’envers, au départ, il y avait les jardins et des jardiniers mais pas forcément dans l’action associative formalisée"

En 2005, dix jardins partagés sont créés dans les quartiers. " Les gens ont besoin de liens, Vert le Jardin leur a donné le moyen de s’exprimer" poursuit Céline .

En 2010, plus de trente jardins et une nouvelle idée : organiser des fêtes de saison. Action itinérante de jardin en jardin avec un temps fort au printemps et un autre en automne. "C’était une manière de coopter le petit nouveau, le dernier jardin qui arrivait dans la grande famille" sourit Céline.

Pendant douze ans, l’association se développe, va à la rencontre des Brestois et Bretoises dans les quartiers "Il a fallu prendre le temps de comprendre l’histoire de chaque lieu, Kéranroux, Ponta etc." précise Céline. La vie de l’association n’a pas toujours été facile, entre la recherche de financement et la gestion interne mais la demande est là et les habitants tiennent à leurs jardins. Il faut répondre.

Aujourd’hui, Vert le Jardin c’est "53 jardins, je crois, mais on a arrêté de compter" s’amuse Céline.

Vert le Jardin L’association va présenter le 21 juin 2012 la toute nouvelle "Charte d’intégration". Trois années de travail, des réunions de jardiniers, des groupes de travail avec des techniciens de la Ville de Brest, des habitants, la charte est un vrai laboratoire de démocratie participative.

"C’est avant tout un outil" avance Céline. "L’idée est de donner les mêmes droits à tout le monde et de faciliter l’accueil des nouveaux autour des valeurs partagées à l’association (respect de la personne, des autres, de l’environnement...)". La charte permettra de recompter le nombre de jardins et de jardiniers mais ce n’est vraiment pas là l’objectif.

Du lien plus que du bien

"Le résultat ?" lâche Michel CAMPION qui entre avec un grand sourire. "Le résultat, mais ce sont les gens. Le lien, l’envie, les sourires !".

Le petit groupe marque une pause. On se regarde. Il fait trop beau en cette fin Mars 2012 à Brest, on décide de s’installer dehors autour de la table.

"Le jardin c’est pour le lien" rajoute Michel. "Il ne faut pas oublier que le jardin est un espace public. Les jardiniers doivent jouer le jeu du collectif". "Il ne s’agit pas de jardins familiaux ou ouvrier". "La charte est importante, elle permet de s’accrocher à des valeurs et de se référer".

Les jardins sont souvent des lieux mis à disposition via des conventions de partenariat. "Souvent des lieux de passage, aux pieds des immeubles qui ne peuvent pas être facilement exploitables pour autre chose " précise Céline. "A Kérédern, c’est un jeux de boules" précise Michel.

Je regarde les deux membres de l’association qui s’interrogent sur leur action. Ils s’enthousiasment, heureux de transmettre leur message "Les jardins c’est pour les gens" conclu Michel.

Mais pourquoi donc allez dans un jardin partagé et pas un terrain de boules ou au bistrot ? "Au début c’est pour rencontrer du monde, c’est une excuse pour aller dehors" précise Céline. L’association met en place des journées du jardin dans le jardin. "C’est un repère pour les gens" précise Michel. "Par exemple, pour les Yanniks au champ de Recouvrance, c’est le Dimanche" illustre Céline.

"Le jardin c’est fédérateur et cela doit rester un espace public !"

"Un jardin partagé c’est dix jardiniers et une trentaine de personnes qui gravitent, sans compter toutes les personnes qui viennent juste se balader" argumente Michel . "Le jardin c’est fédérateur et cela doit rester un espace public !".

"Oui, et c’est aussi une ouverture, des communautés qui se parlent et se croisent. C’est très riche culturellement". La fève dans le couscous ou les haricots semés en automne. Vert le jardin permet aussi de rompre des frontières. "C’est magique" sourit Michel .

..."Il vaut mieux avoir du plaisir à jardiner que d’avoir tout lu sur la question." Céline LE BIHAN

L’association s’interdit de donner des leçons de jardinage. "Lors des recrutements, on ne recherche pas des professionnels du jardin" précise Michel . Motivation, sens de l’autre et volonté de participer au projet collectif sont des aptitudes fortes demandées au candidat.

Maitena, la dernière arrivée, découvre l’ambiance Vert le Jardin. "J’apprécie les gens, ici, ils m’ont bien accueillie" chante-t-elle avec son accent du Pays Basque. "Moi le jardin, je n’y connais pas grand chose". Ce n’est pas grave, le principal est ailleurs.

"Les gens veulent d’abord maitriser les techniques, certains ont déjà tout recherché sur Internet. Il vaut mieux avoir du plaisir à jardiner que d’avoir tout lu sur la question" s’exclame Céline.

"Tous les ratages, les coupes trop courtes sont bénéfiques" précise Michel . "Cela permet aux gens de réaliser par eux mêmes, de se responsabiliser"

"Je me souviens d’une femme en pleurs devant un radis qu’elle avait semé [...] ... Michel CAMPION

Les jardins partagés sont un formidable outil de reconquête et d’estime de soi. "Je me souviens d’une femme en pleure devant un radis qu’elle avait semé " raconte ému Michel CAMPION. "Elle avait planté un radis et il avait poussé, normal !! Mais pour elle c’était bien différent". "Elle avait donné vie, participé à la création du monde". "Là, j’ai réalisé ce que je faisais de mes journées !"

"C’est un ’simili’ au travail" continue Céline. "Pour les gens trop cassés pour avoir accès au travail, le jardin partagé et son Boss (Michel CAMPION, ndlr) représentent la notion travail."

Le Boss ?

"Ha oui, c’est une coutume à Vert le Jardin" précise Céline en riant. "Les gens s’appellent pas leur prénom et le nom du jardin...".

"Oui enfin pour moi c’est le Boss" sourit moqueur Michel qui ne prend pas son rôle avec rigueur.

"Mais, c’est important pour les gens, d’avoir un chef" conclut Céline. "Cela redonne une place dans la société, un repère."

"[...] la Boutik Jardinière [...] J’ai douze ans de commerce, alors j’ai un peu l’impression de rejouer à la marchande..." Martine de Ponta

Nous sommes là depuis une heure, le soleil est toujours aussi chaud et les oiseaux chantent. Le temps passe tranquillement avec cette équipe. Arrive Martine, tout sourire.

"Voici Martine de Ponta, jardinière de son état et habitante du quartier !" lance Michel a mon intention.

Martine nous rejoint, curieuse de notre entrevue.

"Je suis contente d’avoir rencontré cette association" nous dit-elle. "J’ai des enfants mais je suis un peu seule alors cette association, et bien, c’est tout un monde, des gens, des rencontres, des possibles "

"Et puis il y a la Boutik Jardinière" insiste les yeux brillants Martine. "J’ai douze ans de commerce, alors j’ai un peu l’impression de rejouer à la marchande".

Vert le Jardin c’est aussi cela, la capacité d’être à l’écoute des autres, des sensibilités de laisser la place pour expérimenter.

"Il ne faut pas oublier l’Heol ! " poursuit Martine. L’association étudie avec attention cette nouvelle monnaie complémentaire et solidaire sur le Pays de Brest.

Partager, créer du lien et faire confiance. Trois maîtres mots pour Vert le jardin

Des projets pleins la tête. "Les gens ne pourront plus avoir tous leur maisonnette avec leur petite parcelle et les jardins de 150-200 m² sont trop grands pour une personne seule, il faut partager" insiste Michel qui rêve de voir la ville et les espaces publics gérés par les habitants.

Arrivent d’autres sympathisants de l’association. Il est 17h00 c’est l’heure d’une pause d’un moment d’échange sur la journée. Je lève mon crayon, j’écoute dans ce petit coin de Pontanezen, j’entends le chant d’un oiseau et au loin le klaxon d’une voiture.

Pour écouter l’interview d’une partie de l’équipe...

www.vertlejardin.infini.fr/
Posté le lundi 23 avril 2012
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