Par Serge Orru et Alain Grumberg : "Pour ne pas tourner en rond"


Par Serge Orru et Alain Grumberg :
Parmi les cinq tables rondes organisées lors de la 2e conférence environnementale, tenue à Paris fin septembre 2013, l’une avait pour thème l’économie circulaire. Le sujet était jugé suffisamment important pour attirer trois ministres, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Philippe Martin, ainsi que près 70 personnalités et experts du monde associatif1.

L’économie circulaire, c’est la réduction drastique de notre empreinte écologique et le développement du social et de l’emploi local. C’est aussi passer de la société du jetable à la société du durable. Pour François-Michel Lambert, président de l’Institut de l’économie circulaire : « L’idée est de faire en sorte, par des boucles d’utilisation et de valorisation, que la matière soit pleinement utilisée. Notamment via la conception d’objets à durée de vie plus importante, le partage de produits plutôt que son acquisition, la fabrication permettant davantage de réparations ».

Changement de paradigme
Le chaînage actuel, issu de la révolution industrielle, qui consiste à extraire-fabriquer-consommer-jeter, a montré ses limites. Les
enjeux environnementaux, la nécessité de préserver nos ressources naturelles, notamment énergétiques, conduisent à mieux produire, à mieux utiliser et à recycler.
L’économie circulaire est un changement de paradigme qui intègre de nombreuses dimensions : l’éco-conception, des productions moins gourmandes en énergie et plus durables, une société du partage plutôt que du jetable, une réutilisation des objets et leur meilleure gestion en fin de vie.

Chaînage
L’économie circulaire, loin de segmenter, vise à intégrer un ensemble de valeurs, économiques, sociales et environnementales pour construire une planète conçue comme un écosystème.

Ses facettes sont multiples :
  • „„Une vision intégrée et systémique, sur l’ensemble de la chaîne amont-aval et l’utilisation entre les deux. L’économie circulaire va au-delà du recyclage des déchets et implique une transition de société incluant la vision de la fonctionnalité.
 
Nous sommes nous-mêmes des recycleurs
Dans l’interview qu’il accordé à Décisions Durables (voir page 36), Arnaud Montebourg donne sa définition de l’économie circulaire. « Elle intègre, dit-il, deux approches qui sont complémentaires :
  • D’un côté, vous avez le recyclage, c’est-à-dire que les déchets doivent revenir dans le processus productif sous forme de matières premières ;
  • De l’autre, vous avez la conception des produits qui doit réduire la quantité de matières premières nécessaires. Nous travaillons sur les deux : dans la plupart des filières, il y a un volet recyclage, cela vaut pour l’automobile, l’aéronautique, les chantiers navals, les activités extractives, métaux non ferreux, terres rares…

En ce qui concerne, par exemple, l’aluminium, nous avons créé une filière autour d’un aluminium secondaire recyclé revenant dans le circuit primaire. Nous sommes des recycleurs ! »


„„Le développement d’une économie des matières recyclables mais aussi des matières renouvelables, incluant les enjeux de la biodiversité, la lutte contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. Le bio-mimétisme devient une priorité.
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Une attention toute particulière aux transports, qui doivent remplir leurs fonctions sociales en préservant l’environnement.

Des efforts continus en matière de recherche et d’innovation pour progresser dans les possibilités techniques de recyclage et dans l’analyse économique et sociale afin de basculer vers un modèle soutenable.

Au commencement était l’éco-conception
L’éco-conception des produits est un des piliers de l’économie circulaire. Il est impératif de généraliser l’éco-conception de tous les produits en rendant leur usage durable et leur fin assimilable par une autre issue que le gaspillage. Nous souhaitons tous la disparition de ces emballages qui durent plus longtemps que le produit ! Des continents de plastiques naviguent en mer pour des millénaires.

Lutter contre l’obsolescence programmée
Lors de la table ronde consacrée à l’économie circulaire plusieurs pistes ont été énoncées pour dissuader et sanctionner plus fermement les pratiques d’obsolescence programmée, considérée comme une tromperie sur la qualité substantielle d’un produit. Certaines initiatives simples et peu coûteuses peuvent aider.
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Mettre en oeuvre de nouveaux droits du consommateur et, mieux l’informer notamment sur l’existence de la garantie légale de conformité et de la garantie pour vice caché. Le délai de présomption d’existence d’un défaut lors de l’achat d’un bien passera de 6 mois à 24 mois. Ce que prévoit à court terme le projet de loi consommation de Benoît Hamon.
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Créer une procédure d’action de groupe en droit français donnant le pouvoir aux consommateurs qui s’estiment lésés par une tromperie économique de porter collectivement l’action en justice, à l’image des Class Actions américaines.
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Rendre obligatoire la mise à disposition des pièces détachées pour le consommateur.

Trier et trier encore
Notre pays trie. Bien que la collecte sélective soit engagée par les collectivités territoriales, nous sommes encore très en deçà de ce que nous pourrions faire à l’échelle nationale. La France jette ou brûle l’équivalent d’un Mont-Blanc de déchets chaque année.
 
Que pourrions-nous faire ?

  • Ne pas enfouir les produits recyclables  : seuls les produits non valorisables devraient être mis en décharge.
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  • Généraliser le recyclage et notamment collecter tous les plastiques (dont les emballages films et barquettes). De nombreuses voix s’élèvent pour demander l’interdiction des sacs plastiques.
 
  • Bonifier les déchets organiques : le gouvernement a présenté récemment un plan de méthanisation. En amont, l’effort doit porter sur une collecte sélective des bio-déchets, notamment auprès des gros producteurs.
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  • Lutter contre le gaspillage alimentaire  : diviser par deux le gaspillage alimentaire d’ici à 2025.
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  • Harmoniser progressivement les couleurs des poubelles et des consignes de tri d’une collectivité à l’autre, sans surcoûts et de manière planifiée au fil du renouvellement des équipements, avec un horizon 2020. À partir de janvier 2015, les produits recyclables porteront un nouveau pictogramme uniforme, appelé Triman.
 
  • „„Intensifier le tri des déchets des entreprises, qui doivent déjà trier les principaux flux, tels que le papier. Les industries sont déjà engagées dans des filières de Responsabilité élargie du producteur (REP), fondées sur le principe du pollueur-payeur. Plutôt que d’en créer de nouvelles, il est envisagé d’améliorer celles existantes, en intensifiant notamment le recours aux entreprises d’utilité sociale (insertion des personnes éloignées de l’emploi, personnes handicapées) par les éco-organismes.
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  • Garder les ressources stratégiques sur le territoire. La fuite des métaux stratégiques présents dans nos déchets sera limitée par les mesures inspirées du Comité des métaux stratégiques, dont un reporting systématique dans les filières REP concernées.
Recycler, certes mais aussi informer et inciter. Trier ne suffit pas. Encore faut-il faire savoir et stimuler les changements à tous les niveaux. La table ronde sur l’économie circulaire a, par exemple, dégagé quelques actions :
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  • Mieux informer le consommateur des critères de matières recyclées, de durée d’usage et de garanties ; renforcer ces critères dans les écolabels, étiquetages et éco-certification existants.
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  • Favoriser l’intégration par les collectivités et l’État, en matière d’achats, de critères de décision favorisant la durée de vie, l’incorporation de matière recyclée, le réemploi et la recyclabilité.
 
  • „„Inciter les industriels à renforcer et à diffuser les bonnes pratiques d’économie circulaire à l’échelle de leur secteur, en introduisant des principes, notamment d’incorporation de matière recyclée, adaptés à chaque secteur de manière différenciée. Une stratégie qui reste à construire
 
  • Reste à élaborer une stratégie sur l’écologie industrielle et territoriale avec l’implication du CATEI (Comité territorial durable et écologie industrielle) et de l’ensemble des parties prenantes. Les régions ont proposé de s’investir dans l’élaboration de schémas régionaux de développement de l’économie circulaire, en lien avec leurs missions de développement économique. Elles sont favorables à l’émergence de plateformes de connaissances et de connexion entre les acteurs. À défaut d’États généraux, le ministre de l’Écologie, Philippe Martin, a proposé l’organisation d’une conférence de mise en oeuvre sur l’économie circulaire d’ici à la fin de l’année 2013 ou au tout début 2014. N’est-il pas temps de développer une économie dont la logique est la qualité de vie pour l’humain, l’animal et le végétal !
 
1 Le Cniid, les Amis de la Terre, le RAC, la Fondation Nicolas Hulot, Agir pour l’environnement, France libertés, France Nature Environnement (FNE), l’association Orée, l’Institut de l’Économie circulaire, les Amis de la Terre, FO, la CGT, la CFTC, etc. 62 Décisions




Cet article est repris du site http://www.institut-economie-circulaire.fr/Par-Serge-Orru-et-Alain-Grumberg-Pour-ne-pas-tourner-en-rond_a432.html
Posté le mardi 28 janvier 2014
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