Monnaies et économie sociale - Jean-François DRAPERI


"[...] la création de monnaies porte un projet politique et répond généralement à un besoin de démocratie.[...]"

C’est en effet tout le sens des monnaies sociales que de redonner à la monnaie sa faculté d’échange créateur de lien social. Dans le cadre d’une économie financière qui privatise les monnaies, l’ESS trouve ainsi dans l’usage des monnaies sociales une voie inédite d’expression et d’innovation. [...]

Monnaies et économie sociale - Jean-François DRAPERI

Extrait d’un article de JF Draperi publié le 03/05/12 sur la revue http://recma.org/

Nous avons le plaisir de publier, dans ce numéro 324, un dossier sur les monnaies sociales dans le monde, introduit par le spécialiste français de la question, Jérôme Blanc. La création récente de monnaies sociales dans de très nombreux pays, dont la France, se compte par milliers. Ce serait une erreur de penser que la prise en compte de la dimension sociale de la monnaie soit un phénomène récent et secondaire. La reconnaissance de la dimension sociale de la monnaie est en effet très ancienne. "Toute vie sociale est fondée sur des échanges de services, et ceux-ci doivent être évalués dans le respect de la justice. Il faut donc trouver une commune mesure qui permette de comparer un service à un autre" (Aristote, L’éthique de Nicomaque, traduction et présentation par Richard Bodéüs, Flammarion, 2004). Cette mesure est d’abord le besoin. Cependant, quand le bénéficiaire ne peut se trouver en présence du fournisseur du bien ou du service dont il a besoin, la monnaie intervient comme outil permettant l’échange. Michel Aglietta et André Orléan ont souligné le rôle fondateur, parce que social, de la monnaie : "La monnaie n’est pas l’effet du marché […], mais sa condition d’existence" (Aglietta M., Orléan A., La monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002, p. 8). C’est d’ailleurs parce qu’elle est fondamentalement sociale qu’elle se nomme précisément « monnaie »."Le nom de “monnaie” (nomisma) […] tient non pas à la nature, mais à la loi (nomos)" (Aristote, 2004, p. 248). Comme tous les mots grecs de la famille de nomos, la monnaie est pénétrée par l’éthique.

De fait, la création de monnaies porte un projet politique et répond généralement à un besoin de démocratie.

Charles Gide donne la raison de cette substitution de la monnaie au besoin : "L’argent est la seule richesse qui ait la propriété de répondre non à un besoin défini, mais à tous les besoins possibles, et par conséquent il ne cesse d’ être désiré qu’au moment où tous les désirs sont satisfaits, ce qui recule la limite presque à l’ infini" (Gide Ch., Principes d’ économie politique, Charles Gide éd., L’Harmattan, 2000, p. 88).

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Posté le vendredi 4 mai 2012
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