Maraichage biologique à Guipavas : un chantier d’insertion pas comme les autres avec Prélude


L’interview de François Revert, directeur de l’association Prélude et de la structure support : le Comité de Liaison pour la Préformation et la Promotion Sociale.
Maraichage biologique à Guipavas : un chantier d'insertion pas comme les autres avec Prélude

Une interview reprise du magazine hebdomadaire Brest-Ouvert des Vert-e-s du pays de Brest

Un magazine sous licence Creative Commons

Monsieur Revert, pouvez- vous nous présenter le projet d’insertion par le maraichage biologique mené à Guipavas, dans le Finistère, par l’association Prélude ?

L’association qui mène le projet, que je dirige dans le Finistère s’appelle « Prélude ».
On a créé Prélude en 1995, de par une initiative d’une autre association qui s’appelle le CLPS (Comité de Liaison pour la Préformation et la Promotion Sociale). C’est une association qui mène des actions de formation professionnelle sur l’ensemble de la région.

La création de Prélude, en 1995, s’est basée sur une intuition, une conviction, que, pour certaines personnes en difficulté, la réponse formation classique n’était pas adaptée et qu’il fallait se retourner vers une mise en situation de travail. C’est comme ça qu’on a créé les activités « Chantier d’insertion » autour de Prélude, chantiers d’insertion car les personnes qui y travaillent sont sous contrats aidés par l’Etat.

Quel est le profil de ces personnes ?

Extrêmement varié, ce sont des personnes qui, à un moment de leur vie sont en difficulté, « dans la mouise » comme on dit. Elles n’arrivent plus à retrouver du travail toutes seules, pour diverses raisons, et donc s’enfoncent petit à petit dans le chômage et l’inactivité. Elles ne trouvent plus les ressources pour s’en sortir. Il faut d’autres moyens supplémentaires pour les aider à en sortir et reprendre aussi, quand l’inactivité s’est un petit peu trop prolongée, un peu un rythme de travail, des habitudes...

Des hommes, des femmes, des jeunes ?

Des hommes, des femmes, des jeunes, des adultes , des personnes qui ont entre 18 et 50 ans, je ne vous cache pas que près 50 ans c’est quand même assez difficile. Ce sont essentiellement des personnes qui ont connu des parcours un peu chaotiques, des personnes qui ont pu avoir une forte identité professionnelle, qui ont pu être des ouvriers voire des techniciens, des bons professionnels à un moment de leur vie, et puis il s’est passé quelque chose, d’ordre économique, accident personnel. Il faut les aider à reconstruire ça et puis il y a d’autres personnes dont le parcours de vie a été plus chaotique. Leur vie, ça ne s’est pas trop construit, c’est plein de petites expériences morcelées, un peu précaires, donc là c’est un peu plus difficile...

Et l’activité maraîchage vous a semblé une activité intéressante pour ces personnes là ?

Depuis 1995, on travaille avec les services économiques de la Communauté Urbaine de Brest, une partie importante de nos activités c’est l’entretien des espaces naturels sensibles, c’est la qualité de notre eau, c’est à dire l’entretien de toutes les zones humides du bassin de Brest, c‘est dans le cadre du Contrat de baie. Avec le service des espaces naturels sensibles de la Communauté Urbaine de Brest, on entretient tous ces espaces naturels sensibles souven en zone humide, des zones où parfois il y a des décharges à nettoyer, des ruisseaux à libérer,
et puis une autre activité, avec l’OPAC HLM de la Communauté Urbaine de Brest où l’on remet en état des caves et quelquefois des logements sociaux.

Voilà les deux activités principales que l’on mène depuis une dizaine d’années et puis il y a, depuis 1999 avec les services économiques et quelques élus de la CUB, cette expérience de maraîchage biologique. Cette activité d’insertion par ce type de maraîchage existe ailleurs en France et se regroupe dans le réseau « Cocagne ».

A Brest, cela nous a semblé quelque chose de très intéressant, parce que sur le pays de Brest il y a une activité maraîchage très forte ( serres et maraîchage plein champ), et puis dans l’activité agricole chez les agriculteurs des difficultés de recrutement à trouver la main-d’œuvre adaptée, etc.. On disait même, enfin certains agriculteurs disaient : "les agriculteurs de demain sont peut-être dans les cités à Lambézellec ou ailleurs".

On a fait d’abord une étude de faisabilité financée par la CUB, financée par l’AGEFIP aussi, et puis par la Direction du Travail. Cette étude de faisabilité a montré l’intérêt économique en même temps pour le territoire et pour les gens. En 1999 on a essayé de monter çela d’abord à Lanrivoaré mais pour des raisons diverses ça ne s’est pas fait sur Lanrivoaré, on a essayé ensuite de réaliser cela, ici, à côté, à Kerangall ; mais pour des raisons de code de l’urbanisme, on est proche de « lieux Seveso » cela n’a pas été possible. Finalement on a trouvé ce terrain de 2 ha 8 acheté par la collectivité et géré par la SEMAEB, une zone tampon entre Kergaradec et les habitations, on s’est installé là dès que la convention a été signée en février 2004.

C’est sous tunnel ou en plein champ ?

On va avoir 2 types d’activités : du plein champ pour partie, et du tunnels ; ce sont des tunnels conséquents de 40 mètres de long, 9 mètres de large, on prévoit d’en installer 6, on en a déjà installé 3, on a aussi tout la système d’irrigation à monter aussi. L’objectif c’est de produire des paniers biologiques.

Donc, il y a une finalité de production ?

Oui, absolument, il faut qu’il y ait une finalité et un sens au travail que font les gens. Ce travail, il est palpable, ce sont des légumes mais on peut dire « le fruit de leur labeur ». Une fois récoltés, ils le conditionnent, ils le mettent en paniers. Le but, c’est de produire tout le long de l’année (d’où les serres)pour des adhérents qui vont adhérer au projet, non pas à l’association mais bien au projet.

Sous le mode d’une part sociale de légumes si on peut appeler ça comme ça, c’est-à-dire qu’en versant une certaine somme ils auront tant de paniers correspondants.

On a calibré la chose aujourd’hui : un panier pour une famille de 4, couple avec 2 enfants, c’est environ 11 euros. Pour un couple, c’est 5 euros et demi ou 6 euros. Sur 45 ou 46 semaines sur l’année on demande à nos adhérents de s’engager, ça peut être sur 6 mois ou sur 1 an mais on préfère sur 1 an , à recevoir cette part légumes, ce panier, chaque semaine.

C’est un panier qui peut évoluer en fonction des saisons ?

Absolument, suivant les légumes de saison, ça évolue. On est en train d’organiser des relations avec d’autres entreprises maraîchères des maraîchers bio locaux pour éventuellement échanger parce qu’il peut y avoir des accidents de culture et ou pour compléter nos prduits, le but étant d’offrir une offre constante tout au long de l’année.

La bio, ça vous a semblé naturel ?

Oui, déjà c’est le concept des jardins Réseau de Cocagne , c’est ce qui a marché, et puis c’est dans l’évolution un peu naturelle pour utiliser encore ces mots-là. Autant on fait attention à la qualité de la reconstruction des personnes avec qui on travaille, autant ça passe par la qualité de ce qu’on va faire, il y a aussi une dimension de protection de l’ensemble de l’environnement.

Ça va ensemble tout ça ?

Il y a une valorisation à la fois des hommes et du produit. On prévoit de faire fonctioner cette installation avec une quinzaine de personnes les gens vont travailler à temps partiel très variable en 2 équipes de 8-10, suivant ce que nous réserve Jean-Louis Borloo car on ne sait pas encore quels seront ses futurs contrats.

Alors pour les encadrants qui vont s’occuper, qui s’occupent déjà de cette activité, cela suppose qu’ils aient un certain nombre de qualités, à la fois qualités de relations humaines qualités techniques pour pouvoir mener à bien une activité maraîchage bio qui est assez complexe quand même, vous avez réussi à trouver ces perles rares ?

On a réussi à trouver ces perles rares, on a 2 collègues qui s’occupent de ça, il y a Alexandre qui a un parcours diversifié, il a fait différentes choses dans sa vie et il est passé par une formation supérieure et une formation à l’IREOU de Lesneven sur la production de cultures biologiques. Il avait déjà travaillé avec nous pendant 2 ans sur d’autres chantiers d’isnertion.

Et depuis le mois de juin il y a Claude LeBerre , qui lui était parti dans la région d’Angers et a travaillé quelques années sur ce type d’activité avec une autre exploitation du réseau Cocagne, il est originaire du Finistère et voulait revenir au pays. Donc là on profite de son expérience, lui, il a un brevet de technicien supérieur agricole avec une certification de spécialisation de maraîchage bio.

Il y a une démarche d’accompagnement de nos salariés vers leur futur devenir professionnel, puisque c’est cela qu’on prépare avec eux sur une année. C’est un vrai travail d’équipe, il y a les encadrants techniques et il y a aussi une personne conseillère d’insertion professionnelle, chargée de l’accompagnement socioprofessionnel, d’aider la personne à définir où est-ce qu’elle en est, où elle veut aller et l’aider à construire tout ce chemin-là.

Combien de temps vont-ils rester, plusieurs mois ?

Je pense que la tendance et la demande des gens qui viennent s’inscrire, c’est de faire un tour de cadran, c’est de faire une année. Ils ne le feront peut-être pas tous, mais ils ont envie de voir quel est l’ensemble du cycle de production.

Est-ce que vous recherchez à avoir d’autres adhérents ?

Oui, il faut que les personnes intéressées se manifestent, on ne pourra pas répondre oui tout de suite. On a monté là 2 tunnels il faut qu’on monte notre système d’irrigation, on va avoir un creux dans la production sur les mois qui viennent et ça va repartir en avril - mai.

Actuellement on produit 20 à 25 paniers. En avril-mai, on espère avoir une quarantaine de paniers et arriver à une cinquantaine en fin d’année et passer à 60-80 en 2006.

Alors oui, tous les gens qui sont intéressés, qui veulent des renseignements, peuvent nous joindre. On est en train de construire des documents de communication et on les enverra à tout le monde. Dans l’avenir on a un projet de construire un petit bâtiment sur place là-bas parce qu’il n’y a rien actuellement, pour que les adhérents qui sont intéressés puissent poser les questions qu’ils souhaitent, et voir comment sont produits les légumes
C’est d’avoir ce contact là qui pourra peut-être faciliter les solutions d’emplois ultérieurs pour nos stagaires, et puis tout ce qui peut faciliter les réseaux, les contacts humains, est bienvenu.

Bien sûr vous êtes dépendants des décisions gouvernementales, mais de votre côté il y a vraiment le souhait de mener à terme complètement cette expérience et d’aller aussi loin que possible ?

On est sur ce projet depuis 1999. Les 2-3 premières années, on a eu pas mal de financements et d’aides au démarrage, c’est vrai qu’il faut tout monter et en même temps on produit peu et il y a des équipes à encadrer, avec un encadrement assez fort, de proximité. On a eu des financements de la Communauté Urbaine de Brest, du Conseil Général parce que la plupart des personnes sont bénéficiaires du RMI ou des minima sociaux, on a des financement aussi de l’Etat parce que les contrats sont aidés.

On peut avoir quelques financements pour des personnes handicapées, suite, par exemple, à un accident de travail et qui sont aidées aussi pour cela. On a aussi des financements de l’Europe pour ce chantier, pour cette activité spécifiqique de maraîchage. Mais, on espère, en 2006, arriver à assurer par les paniers 15% à 20 % de ressources propres, c’est la limite fixée par la loi sur des activités de ce type là avec des contrats aidés. Il ne faut pas être en concurrence, non plus, avec les maraîchers bio professionnels.



Contacts :

Monsieur François Revert

Prélude Brest,
20 impasse Grand Kervern
29200 Brest

- tél 02 98 47 42 79
- fax 02 98 47 31 24

- prelude.brest@clps.net

Posté le dimanche 28 septembre 2008
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