Les monnaies complémentaires, un mouvement de fond(s)

article dans sa langue originale

« Une des conséquences immédiates de la crise sera que la disponibilité des finances provenant du système bancaire va se rétrécir pendant une période plus longue que quiconque le désire, ce qui posera des problèmes de croissance - et même de survie - dans la plupart des secteurs productifs. » B. Lietaer

Un articleparu dans Vif-Argent n° 57 - Novembre 2011, périodique de la Sté Financière de http://www.lanef.com/

Notre système monétaire actuel fonctionne avec des monnaies uniques couvrant tous les échanges au niveau régional, national, international. Leur première fonction est d’accompagner l’activité économique. Mais d’autres fonctions les détournent de cet objectif.

  • 1. La thésaurisation : les utilisateurs mettent de côté une part de leur argent pour assurer l’avenir. Lorsque cette part est déposée en banque, elle sert à financer l’économie. Mais la frilosité des banquiers fait qu’ils préfèrent spéculer plutôt que de prêter de l’argent à des conditions raisonnables aux PME/TPE qui constituent notre tissu économique.
  • 2. La spéculation : les utilisateurs n’ont plus pour objectif d’assurer des échanges, mais seulement de gagner de l’argent. Et ces dernières années, la spéculation a pris une ampleur très importante : 95 % des transactions financières n’ont rien à voir avec l’économie réelle. De plus, par leur caractère universel, les grandes monnaies tendent à tout niveler au détriment des spécificités propres à chaque économie locale. Or, le tissu économique et social a besoin d’argent circulant. D’où l’idée de développer des moyens de paiement entre des personnes et des entreprises capables de se faire confiance. Ces monnaies viennent en complément d’une monnaie nationale trop rare et source de trop de nivellement. La Suisse a montré l’exemple avec la création du WIR en 1934, suite à la crise de 1929. Cette monnaie complémentaire du franc suisse existe toujours et la banque WIR fait des prêts en WIR aux entreprises avec des taux d’intérêts très inférieurs à ceux du marché. Les citoyen(ne)s d’une région ont ainsi un beau moyen de redevenir acteurs de leur propre économie. On en dénombre près de 5000 dans le monde et aujourd’hui en France plus de quinze initiatives sont en train de naître. Il faut s’attendre à une explosion. Des billets nouveaux voisineront bientôt dans nos porte-monnaies avec les euros, ou bien de nouveaux moyens de paiements par cartes ou par SMS prendront le pas. La force des monnaies complémentaires réside dans leur territorialité. Mais les créateurs demandent souvent aux partenaires de signer, en plus, une charte sociale et environnementale. Ils découvrent ainsi un moyen concret pour développer autour d’eux un monde où l’on a envie de vivre avec des liens nouveaux et des solidarités économiques et sociales.

Comment ça marche ?

Il existe beaucoup de formules différentes comme l’expliquent Bernard Lietaer et Margrit Kennedy dans un livre écrit en 200422. Certaines monnaies ne sont pas convertibles dans la monnaie nationale et sont simplement créées à partir d’emprunts. C’est le cas du WIR. Mais souvent, les consommateurs échangent des euros contre des billets de la nouvelle monnaie et vont faire leurs achats chez des commerçants acceptant ces billets.

[...]

Pourquoi la Nef ne lance-t-elle pas une monnaie complémentaire ?

La vocation de la Nef est nationale. Vouloir développer une monnaie au plan national est risqué car elle ne disposerait pas de son moteur principal qui est la localité. Mais la Nef encourage les initiatives locales et accepte les euros déposés en garantie des monnaies complémentaires. Quant à l’Association La NEF, elle s’y engage vivement sous forme de dons d’amorçage. On peut remarquer qu’à défaut d’engagement national, les Cercles d’Initiatives Territoriales constitués autour du projet Nef pourraient élargir leur ambition et agir pour créer une monnaie complémentaire.

Une monnaie complémentaire nationale ?

Si le moteur essentiel des monnaies complémentaires est le territoire, certains tentent de le dépasser pour concentrer le projet sur un thème particulier. Ainsi Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq4 proposent une monnaie nationale où une certaine quantité d’Unités Monétaires Sociétales (UMS) seraient créées et mises à disposition d’un projet en fonction des besoins et des services rendus. Chaque entreprise ainsi créée en disposerait gratuitement et sans obligation de remboursement, mais sous contrôle d’un organe social adéquat. Comme on ne peut pas injecter sans cesse des liquidités sans engendrer d’inflation, des UMS seraient collectées régulièrement sous forme d’une taxe à la consommation en vue d’être détruites. Les auteurs font remarquer que la réussite de ce projet repose sur d’importants changements préalables dans le fonctionnement démocratique de nos sociétés. Des monnaies

[...] Pour en savoir plus

Posté le jeudi 8 décembre 2011
©© eco-co-sol, article sous licence creative common (cc by-nc-sa) info