Un pari osé
En 2005, le pari paraît osé pour des salariés qui ne sont pas versés dans le management d’une entreprise industrielle. D’autant que les Aciéries sortent de vingt années de pertes financières. L’administrateur judiciaire les encourage, car tout n’est pas si noir. Avant de quitter les lieux, l’ancien propriétaire américain a laissé un chèque de sortie de 1,5million d’euros. D’autres aides arrivent de la Fédération des Scop et des instances régionales. Autre point fort : le carnet de commandes est bien rempli. Les clients, et pas n’importe lesquels : Alstom, SNCF, Bombardier restent fidèles à l’entreprise pour s’approvisionner en pièces de sécurité pour leurs TGV, métros ou tramways. Le nouveau conseil d’administration, composé de 12 membres élus, prend de nouvelles orientations stratégiques pour l’entreprise. Tout en conservant l’historique four à arc, il investit dans l’achat de tours à commande numérique. Le salaire du dirigeant représente le quart de celui de l’ancien patron américain. L’encadrement est réduit à quatre collaborateurs...
« C’est nous les patrons ! »
Dans l’usine, le moral est au beau fixe. « Les salariés sont moins tendus, très motivés, l’absentéisme et les accidents du travail ont été divisés par deux », souligne Alain Saborin. « Aujourd’hui, les patrons, c’est nous, et l’entreprise restera à Ploërmel », lance fièrement un ouvrier associé. De 7,5millions d’euros lors du premier exercice de la Scop, le chiffre d’affaires est passé à 10millions d’euros pour un résultat net de 500.000euros. Le marché du ferroviaire est porteur. L’effectif est passé à 98 personnes, 55% des salariés sont aujourd’hui actionnaires. Les salariés perçoivent un intéressement. En ajoutant les dividendes, les associés gagnent environ un mois et demi de salaire supplémentaire. Et les investissements se poursuivent. Les Aciéries vont s’installer à trois kilomètres de là dans un site plus accessible. 12millions d’euros vont être injectés dans la nouvelle usine.
De plus en plus d’entreprises prennent le statut coopératif. Les salariés détiennent tout ou partie du capital et prennent le contrôle de leur outil de travail. La Bretagne n’échappe pas au mouvement.
Un patron qui prépare sa succession, une entreprise en difficulté qui recherche un repreneur ou simplement une nouvelle société qui se créée. Les cas de figure sont nombreux. De 1.392 sociétés coopératives de production employant 28.691 salariés en 1994, le nombre de Scop est passé à 1.950 sociétés salariant 40.685 personnes en 2009. Depuis 2007, 200 nouvelles Scop naissent chaque année en France. La Bretagne, où les Scop ont une longue histoire, en accueille 169, employant 2.400 personnes. « Sur les trois dernières années, la région a connu une progression de 25% , soit en moyenne 26 créations de sociétés coopératives par an », indique Laetitia Degoulange, le directrice de l’Union régionale des Scop de l’Ouest. 50% sont des créations ex-nihilo, les autres sont des reprises par des cadres, des salariés, des associations.
25 salariés en moyenne
La grande majorité des Scop bretonnes relèvent du secteur du bâtiment travaux publics, de l’industrie et des services . En moyenne, elles emploient 25 salariés, mais la fourchette des effectifs va de deux salariés à plus d’une centaine. Dans la majorité des cas, 80% des salariés des entreprises sont actionnaires et détiennent, le plus souvent, 100% du capital. Le taux de défaillance des Scop est inférieur à celui des entreprises classiques.
Rarement l’industrie lourde
« Les reprises sont le plus souvent le fait de patrons qui préfèrent transmettre leur entreprise à leurs salariés ou à leurs cadres plutôt qu’à un financier ou à un groupe extérieur, explique Laetitia Degoulange. C’est une façon pour eux de pérenniser l’emploi et de maintenir les centres de décision dans la région ». Il arrrive aussi que des salariés décident de s’impliquer pour sauver leur entreprise en difficulté. C’est le cas de la société de mareyage SDAB à Taulé (nord-Finistère). Peu de Scop voient le jour dans le secteur de l’industrie lourde. Le cas des Aciéries de Ploërmel dans le Morbihan (lire ci-dessus) est rare.




