Un articlede Dominique Vidal repris du site La Vie des Idées
La raison humanitaire
Pourquoi la compassion est-elle aujourd’hui, dans les sociétés occidentales comme dans les mondes lointains, au cœur de l’action des États, des organismes internationaux et des organisations non gouvernementales ? Qu’exprime l’importance prise par le spectacle du malheur d’autrui dans la mise en œuvre d’interventions auprès des individus en situation de pauvreté et des victimes de conflits armés ou de catastrophes naturelles ? Que révèle la place croissante des thèmes de l’exclusion, du traumatisme et de la souffrance dans les sciences sociales contemporaines ?
Voici les principales questions qui, à grands traits, organisent la réflexion de Didier Fassin dans ce livre qui, en neuf chapitres tirés d’articles déjà publiés pour l’essentiel en anglais, rassemble les résultats d’autant d’enquêtes menées au cours de la dernière décennie. En France, en Afrique du Sud, en Palestine et au Venezuela, Fassin s’est intéressé aux acteurs et aux dispositifs qui entendent prendre en charge la souffrance sociale, l’aide aux pauvres, les demandeurs du droit d’asile, les immigrés sans-papiers, les enfants touchés par le sida, les déplacés d’une région dévastée par des pluies torrentielles, ainsi qu’aux effets de ces interventions sur ceux qu’elles concernent. La diversité des terrains et des sujets n’empêche pas l’ouvrage de posséder une unité fondamentale. Celle-ci ne s’est pourtant construite, selon l’auteur, qu’après une inflexion progressive des intuitions qui sous-tendaient son projet initial intitulé « Les politiques de la souffrance ». C’est aussi pourquoi, en plus de les encadrer par une introduction et une conclusion, il a choisi de réécrire chacun des articles originaux en fonction du point auquel il est parvenu.


