« La ville de demain ? » C’est demain matin, c’est même déjà aujourd’hui si on prend un peu d’avance…


Entretien avec Virginie

  • Peux-tu te présenter en quelques lignes… ? Quel est ton lieu de résidence, de travail ?

A vrai dire c’est difficile de se présenter en quelques lignes, en effet ça questionne sur qu’est-ce qui nous définit ? Est-ce que la réception par le lecteur de notre point de vue sur un sujet sera différente si on indique notre nom ? Notre métier ? Notre lieu de résidence ? Notre origine ? Notre religion ? Ou le pourquoi ou le comment de nos engagements ?

J’en suis venue à m’intéresser à la transition au sens large car j’ai éteint ma télévision et j’ai allumé mon PC pour télécharger des reportages. J’ai commencé par explorer les sujets qui touchent à la nature car c’est ce à quoi je suis le plus sensible, et à travers un écran j’ai aperçu « le » ou « des » mondes, que je n’ai pu que rarement découvrir avec mes propres yeux faute de pouvoir voyager. C’est à travers des reportages que j’ai réalisé l’ampleur des changements en cours depuis quelques décennies, voire depuis un siècle, par rapport à l’échelle du temps depuis que l’homme et la femme écrivent des livres d’histoires.

Cette porte ouverte sur le monde (merci internet et l’accès à la connaissance) a fini par me faire douter. Mais douter de quoi au juste ? Je ne savais pas vraiment, puisque l’ensemble de mon mode de vie reposait sur un système qui contribuait à construire une dégradation du monde dont les images me répugnaient. Alors que faire ? Scier la branche sur laquelle on est assise ?

  • En tant que citoyenne, professionnelle, actrice, comment contribues-tu déjà aujourd’hui à la construction de la ville de demain ?

Je suppose que la première chose qui fait que je contribue à la construction du monde de demain, c’est que je m’autorise à penser différemment.

En effet, la première pierre de l’édifice, c’est de ne pas faire les choses parce que « c’est comme ceci ou comme cela que ça doit être  ». Il me semble important de s’interroger sur soi-même : le « chemin » que l’on prend tous les jours est-il cohérent avec nos aspirations (qui parfois peinent à être audibles comme un chuchotement parmi le bruit de fond) ? Si ce n’est pas le cas, personne d’autre que nous-même ne nous empêche de faire différemment, non ? Une fois que cette idée a germé dans l’esprit de chacun, il suffit d’expérimenter des alternatives ! Ce fonctionnement me semble être la base du mot « construire »… qu’il s’agisse pour la ville de demain ou pour le reste.

Ainsi, j’ai commencé à remettre en question il y a quelques années mon mode de vie, petit à petit, détails après détails. J’ai commencé comme beaucoup par manger bio (histoire de de ne pas s’empoisonner ^^) puis en m’instruisant j’ai compris que les enjeux de l’agriculture bio vont très loin au-delà du simple constat de la santé d’un seul individu. Puis j’ai trié mes déchets. Ensuite j’ai fait un énorme bond en réorientant ma carrière car mon précédent travail n’avait vraiment aucun sens ! Puis j’ai rencontré des gens qui avaient déjà avancé sur leur propre chemin mais en ayant trouvé des solutions différentes des miennes. Ensuite toutes les contributions pour la planète et la société de demain m’ont clairement été inspirées du partage avec autrui. Je me suis mise au vélo pour aller au travail, et pour rien au monde je ne reviendrai en arrière sur ce point ! Je suis passée à Enercoop car le nucléaire est une réelle folie, et grâce au petit surplus de ma facture d’électricité, ou même sans ça, j’ai appris à penser de manière plus automatique aux économies d’énergies. J’ai aussi trouvé une astuce pour me simplifier la vie face à un point très présent dans notre société de consommation qui est la multitude du choix et la sur-sollicitation due au marketing. En effet, devant ce chaos de propositions commerciales, tout ce qui remplit le critère « local + bio » est autorisé à passer « le filtre » et à retenir potentiellement mon attention. Ainsi, ce qui semblait être une contrainte au départ devient un moyen de faciliter mes choix de consommation au quotidien. Ce filtre « bio + local » peut s’appliquer sur de nombreux critères de consommation, notamment le vestimentaire ou le décoratif. Grâce à cela, je fais de belles découvertes, je m’assure de consommer de manière éthique, et je me libère plus facilement de la vague consommatrice qui nous englue avec les affiches immenses annonçant par exemple c’est les Soldes, Noël, la fête de papi/mami/le chat, etc… Ainsi, ce critère restreint la consommation et la rend plus qualitative, il permet aussi de se sentir… plus « léger » : c’est l’un des bienfaits de la sobriété ! Après… il ne s’agit pas d’être « la parfaite écolo », mais de se respecter dans un sens comme dans l’autre, les règles ne sont pas faites pour être appliquées au sens strict, mais de mon point de vue, seulement pour donner des lignes conductrices. Il s’agit d’être indulgent avec soi-même et avec les autres aussi. D’ailleurs, j’ai découvert aussi un rapport plus harmonieux aux autres en avançant sur mon propre chemin. Les gens que je croise au quotidien depuis que j’ai changé de direction dans la vie sont bien plus « bienveillants ». C »est aussi grâce à des rencontres que j’ai découvert la monnaie locale Heol, que j’ai saisi tout l’impact qu’elle peut et pourrait encore avoir sur notre société et sur la ville de demain, comme outils au quotidien dans nos interactions avec les autres !

Ainsi, je retiens 3 choses de ma « transition » et « contribution » en cours dans la ville et la société, et qui est loin d’être terminée. La première chose est la suivante : la « transition » est un chemin, c’est comme quand on décide d’aller se balader en haut d’une colline parce qu’on suppose que là-bas on aura une plus belle vue sur le monde ; on commence par regarder ses pieds et on les met l’un devant l’autre, puis à nouveau, et on apprend à monter une marche après l’autre. L’essentiel n’est pas d’aller vite, c’est d’aller à son rythme en se respectant, pour ne pas s’essouffler mais garder le cap. Le deuxième point est qu’il faut savoir tirer parti des contraintes, ce n’est pas parce que cela semble difficile à première vue que ça l’est réellement. Les changements les plus rudes n’étaient pas là où je les attendais. Il faut essayer, ne pas se forcer car on est plus sensible à certains sujet que d’autre, et en procédant de cette manière on peut savoir si telle ou telle solution est adaptée à « notre transition personnelle ». Enfin, le troisième point que je retiens, est que ma plus belle découverte lors de mon cheminement en transition pour la construction d’un autre possible (une autre vie, autre ville, autre société etc…) : c’est les gens que j’ai rencontrés sur ce chemin !

Ainsi pour terminer, je pense que ce que je fais au quotidien, c’est beaucoup par rapport à hier, mais c’est encore peu au regard de ce que je pourrais faire demain en continuant à avancer pas à pas dans cette direction, qui au final est bien plus épanouissante que la voie du « c’est comme ceci ou comme cela que ça doit être  » … 😉 !

  • Quelle est ta vision de la ville de demain ?

Je n’ai pas de vision claire de ce que pourrait devenir la ville de demain. Nous sommes à un carrefour, à un moment précis où les choix directionnels peuvent être redéfinis. J’illustre cette impression un peu comme un instant suspendu dans le temps où l’on observe une toupie qui tourne à toute allure, de quel côté va-t-elle basculer ? Nous sommes tous suspendus à attendre cette échéance…

… mais peut-être qu’en fait cela n’a aucune importance ! Car tout au long du chemin nous pouvons redéfinir les choix directionnels. Il n’y a pas de top départ et de point d’arrivée. La ville de demain, c’est demain matin, c’est déjà même aujourd’hui si on prend un peu d’avance !

Le plus important c’est d’avoir une vision : de quoi ai-je envie ? J’ai compris grâce aux gens qui m’entourent et avec qui je m’investis dans l’associatif, que simplement en discutant avec notre voisin, nos amis, n’importe qui, qui souhaite associer son énergie à la nôtre, on peut déjà être deux personnes pour faire un truc chouette, pour réinventer demain ! C’est ça avancer pas à pas, c’est choisir un sujet qui nous tient à cœur, le réinventer, s’autoriser à le rêver sans limite, l’imaginer avec créativité … et commencer maintenant à construire cette vision. Les arbres ne poussent pas en un jour, les projets non plus !

  • Parmi les dix thématiques qui seront abordées en atelier lors du forum, qu’elles sont celles qui t’interpellent ? Pourquoi ? Quels sont tes questionnements, autour de ces thématiques ?

« Les mobilités de demain ? » / Comment organiser l’espace pour faire de la place aux vélos et aux piétons ? Quels outils peut-on inventer pour que les gens puissent se passer plus facilement de leur voiture (autopartage) ? Application ou numéro de téléphone type 3615-minitél sur téléphone portable de type basique et non smartphone, afin d’avoir une liste de co-voitureurs disponible en temps réel ?!)

« Petits et grands projets dans la ville ? » / Et si on explorait l’histoire des grands projets dans les villes du passé, et comment cela a pu apporter un bénéfice ou pas, et à qui ?

« Le numérique dans la ville ? » / Ce sujet me semble fondamental car le numérique fait partie de la transformation en cours de la société / Avec la création de bases de données sur à peu près tout (big data) : le « numérique » n’est-il pas en train de « s’approprier la société » ? Est-ce que ce sont les personnes qui maîtrisent l’outil numérique pour le mettre à leur service, ou est-ce que c’est la « nation de la données » qui quantifie le monde réel pour mieux l’appréhender ? Quel serait la place de l’humain dans un système où la norme laisse la machine réfléchir à la place de l’humain ? Y a-t-il des limites à poser ? Comme toute invention, on a tendance à vouloir se l’approprier dans chaque domaine pour bénéficier de ses avantages, mais a-t-on anticipé ses inconvénients ? Comment faire pour que les particuliers, citoyens, associations puissent apprendre à utiliser les avantages ou bien apprendre à fabriquer des outils qui seraient utiles pour le bien commun ? En effet, l’informatique est un domaine qui demande des connaissances techniques pointues pour créer des outils. Donc si on n’a pas ces connaissances pour créer des outils, comment peut-on bénéficier des avantages de cette technologie ?

« Le paysage dans la ville ? » / Je suis intéressée pour avoir un retour historique sur les impacts de l’homme sur le paysage, connaître les exemples de mauvaises et de bonne gestion de l’environnement proche, et dans les villes.

 

 

 

Cet article est repris du site http://transitioncitoyennebrest.info/la-ville-de-demain-cest-demain-matin-cest-meme-deja-aujourdhui-si-on-prend-un-peu-davance/
Posté le samedi 25 mars 2017
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