Dossier : La Responsabilité sociale des entreprises (1/4)

La Responsabilité Sociale et environnementale des Entreprises : une nouvelle régulation du capitalisme ?

La question a été posée au cours du 4ème congrès du RIODD


Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

La Responsabilité Sociale des Entreprises débarque en France. Avec éclat en octobre 2007 avec l’organisation à Lille, par Philippe Vasseur, de la première session du Forum Mondial de l’Economie Responsable. Plus discrètement, et toujours à Lille à la fin du mois de juin avec la tenue du 4ème congrès du Réseau International sur les Organisations et le Développement Durable (RIODD*), accueilli par le Centre Lillois d’étude et de recherche sociologiques et économiques dépendant de l’université de Lille 1.

Responsabilité sociale des entreprises ou Responsabilité sociale et environnementale des entreprises, si le sigle RSE est bien établi, la notion même qui y est contenue reste à préciser.

C’est que la RSE, en France, et plus largement en Europe, est une politique d’entreprise et un sujet d’étude universitaire tout à fait récent, datant de moins de 5 ans.

Il en va autrement dans le monde anglo-saxon, et en particulier en Amérique du Nord, où, selon Jean Pasquero, le nouveau président du RIODD élu à ce congrès, la RSE est introduite depuis une bonne quarantaine d’années.

A la Recherche de Sens pour l’Economie

La participation de plus de 200 chercheurs francophones aux échanges tenus, à Lille, à la fin du mois de juin sur le thème : « La Responsabilité Sociale et environnementale des Entreprises (RSE) : une nouvelle régulation du capitalisme ? » témoigne de l’intérêt porté par la communauté universitaire à ce phénomène.

La Responsabilité Sociale de l’entreprise se présente, selon Philippe Vasseur, « comme un engagement volontaire des entreprises pour intégrer les enjeux sociaux et environnementaux dans leur stratégie et dans leur fonctionnement. »

« La RSE, soulignent ses initiateurs, c’est tout ce que peux faire l’entreprise dans les domaines sociaux et environnementaux au-delà de ce détermine la loi. La RSE correspond à une éthique globale qui souhaite impliquer tous les acteurs de l’entreprise, la direction comme les salariés, les consommateurs comme les partenaires commerciaux. »Rejoignant une préoccupation de plus en plus largement partagée par l’opinion publique, la préservation de l’environnement est un des piliers de la RSE.

« Avec sa vocation éthique la RSE, s’affirme comme la Recherche de Sens pour l’Economie, » précise Philippe Vasseur. « Elle peut devenir prétend-t-il, une nouvelle régulation du capitalisme ».

C’est cette question qui était au centre des débats du 4ème colloque du RIODD.

Une vision institutionnaliste

Nicolas Postel, maître de conférence à l’université des sciences économiques de Lille, membre du Clersé, l’un des organisateurs du colloque lillois, est à l’initiative de la création il y a 2 ans, d’une équipe de recherche sur la RSE.

« Notre particularité en tant qu’économistes, explique-t-il, c’est que nous sommes des économistes institutionnalistes, c’est-à-dire que nous ne nous reconnaissons pas dans le modèle dominant qui repose sur le couple marché en concurrence pure et parfait et la représentation de l’homme comme un homo oeconomicus qui poursuit son seul profit »

«  Contre cette représentation, ce qui nous semble important, souligne Nicolas Postel, la question centrale, ce sont les liens entre économie et social incarnés par des acteurs et des institutions. Les acteurs agissent sans être seulement des homo oeconomicus, mais cherchent à travailler en fonction de valeurs et d’institutions, c’est-à-dire de règles collectives non marchandes qui supportent une certaine vision du monde. »

Cette vision du monde se concentre, selon le chercheur lillois au travers de règles collectives forgées tout au long de l’histoire et notamment : le droit du travail, le système de protection social, l’encadrement juridique des mouvement financiers, l’ascenseur social, le CDI, les services publics..

Pour l’économiste lillois, au cours des 30 glorieuses, entre les années 1945 et 1975, « c’est sur cette vision de la société que s’établit un compromis social entre l’acceptation du taylorisme en échange de la protection sociale et de l’ascenseur social. »

De la flexibilité à la citoyenneté

« Ce compromis est entré en crise, selon Nicolas Postel, à cause de la globalisation financière qui a attaqué le cadre national. »

Le chercheur explique, « qu’un nouveau compromis est alors apparu : acceptation de la flexibilité en échange de l’accession à la citoyenneté dans l’entreprise par le fait que le salarié acquiert plus d’autonomie. La RSE, c’est ça, »affirme-t-il.

« Mais, si la flexibilité on l’a bien vu arriver, la citoyenneté n’a pas été au rendez-vous pour les salariés, sauf pour ceux du haut de l’échelle, » estime-t-il.

Face à cette situation, il y a trois attitudes considère l’économiste.

« Il y a la managériale admiration, considérant qu’avec la RSE les entreprises sont devenues citoyennes. »

« Il y ceux qui estiment que la RSE ce n’est que de la communication. »

« Notre position, souligne Nicolas Postel, se situe entre les deux visions. »

« Bien sûr, il ne faut pas être naïf. Mais en même temps, il faut être conscient que les leviers traditionnels de la régulation sont affaiblis et donc, qu’il ne faut pas hésiter à se saisir de la porte ouverte par les entreprises à travers la RSE. Cela passe par la relégitimisation des syndicats dans l’entreprise et par la prise en considération de l’intervention citoyenne des associations de consommateurs. »

« Notre idée, explique Nicolas Postel, c’est qu’il ne faut pas négliger l’une des sources actuelles de l’élaboration de nouveaux contre-pouvoirs à la seule accumulation du capital réalisée dans les conditions actuelles. La RSE est l’un des ces leviers, qui pour devenir effectif doit s’appuyer sur de nouvelles institutions productrices de règles : les normes ISO, le bilan sociétal, l’information extra-financière sur l’entreprise, la qualité sociale, la qualité environnementale,… »

Qu’elle pratique citoyenne dans l ’entreprise ?

La Responsabilité sociale de l’Entreprise à la Recherche de Sens pour l’Economie, cette école managériale rejoint un champ occupé depuis longtemps par l’économie sociale et solidaire à travers ses valeurs de démocratie d’entreprise et de répartition contrôlée des richesses.

Mais cette entrée proclamée de la RSE dans le champ de la citoyenneté s’arrête aux marches de la démocratie d’entreprise. Quoique, éventuellement, négociées avec les représentants des salariés, ou des consommateurs, les mesures de RSE demeurent de la seule compétence des directions d’entreprises.

Les coopératives, entreprises de l’économie sociale et solidaire, sont les seules qui, de droit, relèvent de la citoyenneté et qui, dès leur origine ont affirmé vouloir mettre l’homme au coeur de l’économie à travers leurs valeurs, leur système de pouvoir et leurs pratiques. En cela, elles demeurent uniques proposant une vision entrepreunariale, sociale et humaine susceptible d’apporter des réponses à la crise actuelle.

Et même, si certaines entreprises capitalistes aspirent à inscrire leurs activités dans la RSE, Jean Pasquero, le nouveau président du RIODD, défenseur de la RSE le reconnaît : « la RSE, dit-il, c’est comme la religion, il y a ceux qui pratiquent et ceux qui ne pratiquent pas. » La RSE reste une ambition fragile.

Jean-Paul BIOLLUZ

RIODD : Le Réseau International sur les Organisations et le Développement Durable est une association scientifique qui réunit des chercheurs au niveau internationale, car les problèmes abordés par ses membres sont posés d’emblée à l’échelle mondiale, même s’ils trouvent à se décliner à des niveaux régionaux et locaux. La règle de l’association est la pluridisciplinaire en sciences sociales (philosophie, droit, économie, sociologie, gestion, science politique, communication...), car l’ampleur des questions à traiter ne peut se satisfaire d’une seule approche ou du seul éclairage d’une discipline.

Posté le dimanche 12 juillet 2009
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