Dossier : Responsabilité Sociale des Entreprises (3/4)

La Responsabilité Sociale des Entreprises …une dimension aussi, européenne et internationale

Pour clore le 4ème congrès du RIODD, une table ronde a réuni politiques, techniciens, syndicalistes et acteurs.


Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

Au terme du 4ème colloque du RIODD, une table ronde a réuni politiques, techniciens, syndicalistes et acteurs pour un échange sur l’actualité et l’importance de la Responsabilité Sociale des Entreprises.

Des points de vue assez divergents se sont exprimés au cours de ce débat. D’une part, sur le degré de responsabilité assuré, aujourd’hui, par les entreprises. D’autre part, sur le rôle que les autorités doivent jouer pour une définition des règles de la Responsabilité sociale et environnementale des entreprises, et par la suite pour leur respect.

Un enjeu diplomatique

« La RSE est ce qui est du ressort des entreprises au-delà de ce que définit la loi ». C’est ainsi que Michel Doucin, ambassadeur chargé de la Bioéthique et de la Responsabilité Sociale des Entreprises au ministère des Affaires Etrangères et Européennes, caractérise cette nouvelle politique à vocation éthique qu’affiche désormais certaines entreprises.

« Mais, reconnaît l’ambassadeur de la RSE, déjà dans nos pays toutes les lois ne sont pas appliquées, et dans bien des pays en développement où les lois sont faibles ou inexistantes, les entreprises, et aussi les entreprises des pays développés qui y sont implantées, se retrouvent souvent en situation de bandits de grand chemin. »

« Aussi, note Michel Doucin, s’il faut, sans doute, laisser le droit à l’imagination aux entreprises dans ce domaine, il faut aussi qu’existe une politique en matière de RSE. Un sujet, qui depuis quelques années, précise-t-il, intéresse la diplomatie française. »

« D’autant plus, qu’elle peut jouer un rôle dans le vaste système de luttes d’influences qui existe au niveau international, souligne l’ambassadeur de la RSE. Pour illustrer son point de vue, il donne l’exemple du Danemark, qui poursuit depuis longtemps une politique de ce type, une politique qui bénéficie autant à l’image du pays qu’à celle des entreprises danoises. »

Bannir les zones de non droit

Hélène Flautre, réélue députée européenne sur les listes Europe-Ecologie lors des récentes élections a poursuivi le débat sur la portée internationale de la RSE. Elle a souligné l’intérêt des discussions au niveau européen où le parlement a adopté un rapport en 2007. « Il existe, explique la députée européenne, un problème de transversalité des groupes. En effet, ceux-ci profitent des atouts de la mondialisation pour se développer au niveau international du point de vue économique et financier, mais s’alignent pour les normes sociales et environnementales sur les législations nationales qui sont en ces domaines, souvent, particulièrement faibles. Une situation exploitée par les groupes particulièrement puissants qui peuvent adapter leur stratégie au mieux de leurs intérêts et au détriment des droits de l’homme et des droits environnementaux. »

« Il faut donc viser, affirme Hélène Flautre, à ce que la responsabilité de la société mère d’une multinationale soit engagée pour tout le groupe, filiale et sous-traitants compris. » « Aujourd’hui, une entreprise minière peut entraîner la destruction de l’environnement là où elle s’installe, le déplacement de populations avec les drames qui y sont liés sans en être tenue pour responsable. Nous ne disposons pas d’instruments fiscaux ou juridiques pour contrôler et sanctionner les entreprises mettant en cause la vie des populations locales et l’environnement. »

Face à cette situation, des ONG sont mobilisées au niveau européen afin de promouvoir la RSE, ce qui pousse à la mise en place de normes européennes. « C’est un sujet à fleur de débat », note la députée européenne. Mais si important.

« Sur les 100 premiers grands groupes mondiaux, 50 sont européens. L’Europe peut, donc, être à l’offensive sur ce problème. D’ailleurs, précise la parlementaire européenne, les grands groupes y ont intérêt pour leur image. »

Convaincre les chefs d’entreprises

Danielle Hardy, chargée de la mise en place du développement durable au sein du réseau d’entreprises Alliance a développé une vision plus libérale, loin de toutes contraintes, de la mise en oeuvre d’une politique de RSE.

Pour elle, « la RSE se définit comme la déclinaison du développement durable au niveau de l’entreprise. Une RSE, qui, estime Danielle Hardy est source de valeur pour l’entreprise. »

« Notre objectif est d’accompagner les entreprises sur le chemin de l’efficacité économique, du respect social et environnemental, explique-t-elle. Pour cela, il nous faut convaincre les chefs d’entreprises. »

Des conférences, des petits-déjeuners, des opérations de sensibilisation, mais aussi des diagnostiques pour les entreprises afin de réaliser une photo de leur degré d’implication dans les démarches de développement durable sont proposés aux responsables d’entreprises.

Ces divers actions sont la manière dont le réseau Alliance prend en charge les conséquences de la rupture importante intervenue en 2007-2008 avec la parole de Nicolas Hulot, le Grenelle de l’environnement, le Nobel remis à Algore et aux experts du GIEC.

Le dialogue social au service de l’intérêt commun

« La CFDT prône une vision large du développement durable », a expliqué Marcel Grignard, secrétaire adjoint de la CFDT.

« La crise renforce l’enjeu de cette question », déclara-t-il. Après avoir estimé « que le problème de l’amiante était au début des années 70, un problème de RSE, le secrétaire adjoint de la CFDT a affirmé, que la crise et ses enjeux financiers à court terme montre que l’entreprise n’est pas porteuse de l’intérêt général. »

« L’entreprise, selon lui, est au centre d’attentes contradictoires que cela soit de la part des directions, des salariés, des actionnaires, des ONG, ou bien encore des pouvoirs publics. »

« Pour parvenir à construire l’intérêt général, il est nécessaire de renforcer le dialogue social dans l’entreprise , considère-t-il. Cette bonne gouvernance destinée à définir l’intérêt commun dans l’entreprise doit aussi être la règle au niveau national, et au niveau européen, estima le leader de la CFDT. Car la crise met en évidence le fait que la RSE est un enjeu majeur. »

Marcel Grignard, a pris alors l’exemple du rapport Reach voté récemment par les députés européens et qui règlemente la fabrication et l’utilisation des produits chimiques en Europe. « Le rapport Reach déclara-t-il, c’est faire de la RSE au niveau européen. »

Reach, ou la RSE sous contrainte

Hélène Flautre, réélue au parlement européen après y avoir déjà siégé durant deux mandats a développé une toute autre interprétation de la directive adoptée par le parlement européen.

« La directive Reach, considère-t-elle, n’est pas un exemple de RSE. C’est même tout le contraire. » Elle rappela, « que l’industrie chimique européenne s’est opposée à toute réglementation pendant 15 ans. »

C’est l’Europe qui a imposé à l’industrie chimique les contraintes du rapport Reach. L’élue écologiste ne cacha pas « que compte tenu de l’urgence et de la globalité des problèmes qui se posent dans le domaine environnemental et dans le domaine social, les réponses à la situation passeront nécessairement par des normes et mesures contraignantes et par l’approfondissement de la démocratie et des droits de l’homme. »

Posté le jeudi 23 juillet 2009
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