Patrick Viveret, en conférence à Roubaix :

L’humanité doit avancer vers l’art de grandir en humanité


« Passer de la logique du travail à la logique du métier, c’est la grande question de l’avenir. C’est un projet culturel, politique et économique, comme réponse à la crise radicale du système actuel. » En conférence au théâtre de Roubaix, Patrick Viveret a développé devant quatre-vingt personnes, dans le cadre d’une conférence organisée par l’Université Populaire Citoyenne, les perspectives, qui selon lui, présentent un chemin vers la sortie de crise. En vérité, le philosophe prêche pour un changement de civilisation.

Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

vendredi 20 mars 2009 par Jean-Paul Biolluz

Cette fin du monde, n’est pas la fin du monde, » explique-t-il, un peu provocateur. Crise financière, crise alimentaire, crise sociale, crise culturelle, cette conjonction des crises, affirme Patrick Viveret est « une crise du système à laquelle il faut apporter une réponse globale » L’analyse est partagée.

Mais les pistes ouvertes par le philosophe sont à mille lieux des réponses traditionnelles de droite ou de gauche, plus ou moins d’investissement en plus, plus ou moins de pouvoir d’achat en plus, et toujours plus de croissance.

Le mal être et la démesure

Patrick Viveret questionne les raisons de la crise. « Le mal être et la démesure, estime-t-il, sont au cœur des crises. Le mal vivre, insiste-t-il, est au cœur de la guerre économique menée ces 30 dernière années. »

« Le stress, la compétition érigés en art de gestion dans les entreprises, et en art de vie dans la société, on conduit, explique le philosophe, à un mal être. Ce mal être frappe les individus, les classes populaires, comme les classes moyennes, mais il est aussi un enjeu au cœur de tous les phénomènes planétaires, au cœur de la mondialisation. »

Patrick Viveret dresse le sombre tableau des dépressions collectives. Les inégalités qui ont explosé. « Ford, rappelle-t-il, considérait que lorsque le salaire du Pdg dépasse de dix fois celui de l’ouvrier, le vivre ensemble est menacé. Que dire de la situation actuelle ? »

« Les sommes dépensées dans les budgets militaires, la drogue et la publicité sont, note-t-il, cent fois supérieures à celles dépensées pour résoudre les problèmes de la faim et de la pauvreté. La publicité représente dix fois les investissements en eau et en logements. Avec les budgets militaires ont gère de la peur et de la domination. L’immense marché de la drogue alimente le mal-être. »

« Si nous continuons à avoir des sociétés dépressives, qui cherchent à fuir à travers des évitements, alors, estime le philosophe, on ne continuera à envisager la vie que comme un combat. »

Des réponses individuelles et collectives

Comment sortir de ces démesures conduisant aux dépressions collectives et individuelles. Telle est la question, selon Patrick Viveret, pour sortir de la crise du système et de la crise de civilisation qui aujourd’hui, balaient le monde ancien ? Comment mettre en place des politiques économique et monétaires de bien être ? Comment affronter la grande dépression individuelle et collective ?

« La réponse, souligne le philosophe, c’est la capacité à construire de la limite, à construire de l’acceptation de la limite. » Cela vaut pour l’individu comme pour la collectivité. La réponse à ce monde en crise est à la fois individuelle et globale.

Déjà évoqué, « passer du travail au métier, considère Patrick Viveret, c’est renouer avec un projet de vie, donner du sens à son activité, quitter cette sphère de la production véritable monde de l’indifférence et des vies perdues. »

Du point de vue de l’individu, c’est répondre à la question, que faisons nous de notre vie ? Est-ce que la réponse au mal être doit continuer à chercher comme aujourd’hui à travers la pub, le rêve, la croissance de l’avoir, l’addiction à la drogue ?

Le philosophe, nous invite à des changements fondamentaux pour sortir de la crise. « Il faut, dit-il, changer de système de possession, de richesse, de conquête, L’art de vivre devient une question fondamentale. Cet art de vivre, affirme, le philosophe, qui résulte de l’intensité de vie et de la rencontre. »

L’art de mieux vivre collectivement, c’est adopter « des politiques tournées vers le développement humain soutenable, avec une prise en compte des richesses écologiques mais aussi mettre l’homme au cœur des activités économiques. L’art de mieux vivre ensemble, c’est décider de politique économique et monétaire de bien être .C’est changer la mesure des choses. »

Considérer, à travers le PIB, que les destructions dues à la guerre sont « une richesse » est un non sens. Rester indifférent, à la richesse produite par les retraités est une erreur. Les retraités réalisent, souvent, librement, ce que les contraintes professionnelles leur avaient empêché de faire. Les retraités produisent du lien social et affectif, en quelque sorte un antidote à la grande dépression sociale et culturelle.

Patrick Viveret, invite ses citoyens à un changement radical, individuel et collectif, à l’adoption de nouvelle valeurs pour sortir de la crise. « En cette période, l’Humanité, estime-t-il, peut avancer vers l’art de grandir en humanité. »

Jean-Paul BIOLLUZ

Posté le vendredi 17 avril 2009