ConcertES plateforme de concertation de l’ESS belge francophone

« L’économie sociale n’est pas juste un sparadrap pour panser les plaies ouvertes par l’économie capitaliste classique »


Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

Dans le cadre du mois de l’économie sociale et solidaire, Marie-Caroline Collard, présidente de ConcertES est venue à Villeneuve d’Ascq, dans les locaux de l’association Quanta, pour présenter, en duo avec Dominique Crepel, les premières données statistiques transfrontalières sur l’économie sociale et solidaire qui ont été produites par l’observatoire créés par les deux têtes de réseau dans le cadre du programme D.E.S.I.R.

Cette interview de Marie-Caroline Collard a été réalisée à cette occasion.

On lira par ailleurs les différents articles relatifs à ces données statistiques et à ce programme.

Nord-Social.info : Qu’est ce que ConcertES ?

Marie-Caroline Collard - Photo Aria-NordMarie-Caroline Collard : C’est une plateforme de concertation qui rassemble les fédérations sectorielles et transversales de l’économie sociale belge francophone dans le but de représenter les secteurs, les fédérations et entreprises vis-à-vis des pouvoirs publics belges mais aussi de produire des analyses, de construire des expertises et de travailler sur la promotion et l’information en matière d’économie sociale C’est donc un peu l’équivalent des chambres régionales de l’économie sociale

N-S.I : ConcertES existe depuis combien de temps ?

MCC : ConcertES est une création récente puisqu’elle a quatre ans d’existence et l’objectif était en effet à la fois d’amener les acteurs à se rassembler et organiser des manifestations du type de celle qui nous rassemble, à savoir la production de statistiques de l’économie sociale, mais de mener des actions qui peuvent être transversales et transfrontalières.

N-S.I : Avez-vous en Wallonie des problèmes de reconnaissance analogues à ceux que l’on observe en France ?

MCC : L’économie sociale a acquis avec le temps, au cours de ces quinze dernières années, une véritable légitimité. La législature précédente a été riche en décrets, en lois, qui ont constitué un soutien symbolique et législatif important à l’économie sociale.

Mais cette reconnaissance concerne tout particulièrement le secteur de l’insertion sociale et professionnelle par l’activité économique et à la lutte contre le chômage, d’une façon générale aux activités de réparation du dégât du capitalisme. Donc nous avons un travail à faire pour faire reconnaître des pouvoirs publics et de la société toute entière, les autres finalités de l’économie sociale, qu’elles soient sociales, environnementales, culturelles… L’économie sociale n’est pas juste un sparadrap pour panser les plaies ouvertes par l’économie capitaliste classique.

N-S.I : Etes vous confrontés à la même offensive qui vise à vous faire rentrer dans le rang et à vous imposer les normes de concurrence qui sont celles de l’économie capitaliste classique ?

MCC : Oui tout à fait même si le terme offensive est sans doute un peu fort. Mais en Wallonie nous sommes également tributaires des directives européennes, avec les problèmes liés à l’obligation de concurrence y compris pour les services sociaux d’intérêt général. Nous nous heurtons donc aux mêmes difficultés qui sont celles de pouvoir continuer à assumer des missions d’intérêt général Les préjugés perdurent avec les vieux réflexes sur le thème de la concurrence déloyale.

Les relations avec les pouvoirs publics et les acteurs de l’économie classique sont bonnes. Les marchés publics sont d’ailleurs un excellent moyen, au travers des clauses sociales, de travailler de concert entre entreprises de l’économie sociale et entreprises classiques. C’est là un outil privilégié pour développer des logiques de partenariat avec les entreprises de l’économie classique.

S’agissant de la directive services sociaux d’intérêt général, sa transposition en droit belge, fédéral et régional, devrait intervenir sur des bases positives.

De ce point de vue, nous sommes assez confiants même s’il est préférable et prudent de ne pas relâcher la vigilance sur certains points, comme par exemple la question du mandatement, assez proches de ceux qui préoccupent les acteurs de l’économie sociale en France.

Propos recueillis par Alain Goguey

Posté le dimanche 22 novembre 2009
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