Dossier : la Responsabilité Sociale des Entreprises (2/4)

Jean Pasquero : on devient important parce que le système a besoin de nous »

Professeur à l’université de Québec, c’est le nouveau président du RIODD


Un article repris du site Nord-social, site d’informations sur l’économie sociale et solidaire publié sous licence Creative Commons

Jean Pasquero, professeur à l’université du Québec à Montréal y enseigne depuis longtemps la Responsabilité Sociale de l’Entreprise. Elu nouveau président du RIODD lors du 4ème colloque de l’organisation, il aura pour mission de renforcer l’influence de ce pôle international de chercheurs mobilisés sur les perspectives du développement durable. Jean Pasquero a donné son point de vue sur l’actualité de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise à Nord-social.info.

Nord-social.info : Que recouvre cette notion de Responsabilité Sociale des Entreprises ?

Jean PASQUERO : « Ce sont l’ensemble des obligations légalement requises, ou volontairement assurées, pour lesquelles une organisation peut passer pour un modèle imitable de responsabilités dans un milieu donné. »

« J’inclus dans ces modèles des aspects sociaux rendus obligatoires par la loi, qui assez souvent ne sont pas respectés. Respecter la loi serait déjà bien. ».

Depuis 40 ans

Nord-social.info : Est-ce que cet aspect des activités de l’entreprise prend une plus grande actualité avec la crise ?

Jean PASQUERO : « Certainement. Mais, cet investissement plus important fait partie d’une évolution qui remonte à plusieurs années » « La crise n’a pas placé la Responsabilité Sociale des Entreprises au centre des préoccupations par hasard. Ça fait une quarantaine d’années que la notion de responsabilité sociale gagne du terrain. La crise ne fait que précipiter la réflexion. »

« C’est en tout cas la situation en Amérique du Nord, aux Etats-Unis et au Canada ».

Nord-social.info : Le Québec n’est-il pas un cas particulier avec une économie sociale très développée ?

Jean PASQUERO : « Absolument. Dans certains secteurs, et en particulier dans le secteur financier, l’économie sociale est très importante. »

« Le mouvement des Caisses Populaires Desjardin est une institution qui étonne nos amis américains. C’est une coopérative financière qui est de loin la plus grosse banque du Québec. C’est une situation difficile à comprendre pour des Canadiens anglais ou pour des Américains. Pour eux, il est impossible qu’un secteur financier puisse fonctionner sous forme coopérative et être la plus grosse banque, peut-être aussi la plus rentable, dans un territoire aussi grand que le Québec. Ça les dépasse ».

Une économie sociale pas si sociale ?

Nord-social.info : la RSE n’est-elle pas incarnée par l’économie sociale ?

Jean PASQUERO : « ça c’est la théorie. Je suis membre des Caisses Populaires Desjardin qui sont très décentralisées. Mais, quel degré de démocratie y a-t-il dans les Caisses Populaires Desjardin ? C’est un vieux débat au Québec. L’administration prime. Et ce n’est pas vraiment une démocratie. La différence avec une banque privée, c’est que les actionnaires sont aussi les clients qui reçoivent des ristournes lorsque la banque fait des profits. »

« Par ailleurs, nous avons fait des études au Québec qui ont démontré que dans la majorité des cas les entreprises de l’économie sociale étaient moins avancées en Responsabilité Sociale de l’Entreprise que les entreprises capitalistes classiques. »

« La raison est qu’elles s’estiment nées dans le chaudron de la Responsabilité Sociale. Ce n’est donc pas leur problème. Elles se croient naturellement investies d’une mission de Responsabilité Sociale depuis leur création. Ce n’est pas suffisant. »

Nord-social.info : La montée en puissance de la RSE n’est-elle pas assimilable à un effet de marketing ?

Jean PASQUERO : « ça peut l’être. La RSE, c’est un peu comme la religion. On pratique ou on ne pratique pas. »

La loi pour indiquer le droit commun

Nord-social.info : La Responsabilité Sociale de l’Entreprise en tant que telle ne participe pas à la redistribution des richesses ?

Jean PASQUERO : « Est-ce que la manière dont se répartissent les richesses est une question de RSE ou de pouvoirs publics ? Il existe des différences entre les pays. »

« Une entreprise en démocratie ne peut pas s’arroger le droit de décider de ce qui est bon ou mal pour la société, pour les uns ou pour les autres. »

« Il lui faut des points de repères. Le plus sûr c’est la performance pour rémunérer les actionnaires. Mais depuis 50 ans, on dit que ce n’est pas suffisant, que l’entreprise a, aussi, un rôle à jouer dans la société. »

« Il faut qu’elle traite bien ses salariés. On a des lois pour ça. Elle peut faire mieux. »

« Il faut qu’elle traite bien ses consommateurs. On a des lois pour ça. Elle peut faire mieux. »

« Il faut qu’elle traite bien la nature. On a des lois pour ça. Elle peut faire mieux. »

« La loi, l’autorité, indiquent le droit commun. »

« En ce qui concerne la pauvreté, ce n’est pas un problème d’entreprise, mais un problème d’allocation de ressources qui dépend de décisions des autorités publiques. »

Nord-social.info : La réflexion sur la mise en œuvre de la Responsabilité de l’Entreprise se poursuit ?

Jean PASQUERO : « Il faut réfléchir à la notion de risques systémiques. Ce que l’on a vécu avec la crise financière et bancaire n’est que l’avant-garde d’une série de crises qui vont probablement se développer à cause des effets de la mondialisation. Une crise systémique est une crise qui fait boule de neige, dont on perd le contrôle et qui peut menacer le système dans son ensemble. »

« On n’est pas à l’écart d’une crise systémique dans le domaine de la santé. Et là-dessus, on n’a pas une réflexion. Il faut essayer de donner du sens à tout cela. Et la Responsabilité Sociale de l’Entreprise joue un rôle. »

Un système de cycles

Nord-social.info : La Responsabilité Sociale de l’Entreprise a, donc, un avenir à votre sens ?

Jean PASQUERO : « Dans l’entreprise, on s’aperçoit que l’on a des cycles de fonctionnement. »

« Dans les années 60, quand j’étais étudiant, la fonction essentielle, l’avenir, c’était le marketing. Ensuite, l’importance est passée aux ressources humaines, avec les projets d’entreprise. Et puis, la finance, un secteur qui dormait, s’est réveillé. Lorsque j’étais étudiant, la finance n’était pas intéressante. Et puis voilà que tout d’un coup, elle est devenue passionnante. »

« On peut espérer que désormais, et que dans les 10 ou 20 ans à venir, la mode va se porter sur le développement durable et son prolongement dans l’entreprise la Responsabilité Sociale de l’Entreprise. »

« Je crois au système des cycles. On devient important parce que le système a besoin de nous. »

Propos recueillis par Jean-Paul BIOLLUZ

Posté le jeudi 23 juillet 2009
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