Interviews de l’association AB-Service création


AB-Services création accompagne les créateurs d’entreprise dans le démarrage de leurs projets par du prêt de matériel.

Entretien avec Jean-Yves Toullec (président) et Jean-Yves Le Duff (vice-président ) fondateurs, avec d’autres collègues, de l’association « AB-Services création ». (Reportage vidéo)

Pouvez-vous nous retracer vos parcours et ce qui vous a conduit à fonder l’association Ab-Services ?

Jean-Yves Toullec : J’étais cadre dirigeant de l’économie de marché. Tout d’abord en négoce de meubles puis en informatique pour les PME. C’est un parcours professionnel classique associé à une forte volonté de connaître le monde coopératif et mutualiste (président pendant de nombreuses années d’une caisse locale d’une banque mutualiste) ainsi que l’Economie Sociale et Solidaire (bénévole à l’Adie depuis 1999).

Jean-Yves Le Duff : Je travaillais au bureau d’étude de la DCN. Arrivé en retraite en 1997, je suis devenu comme Jean Yves bénévole à l’Adie (Association pour le Droit à l’Initiative Economique) qui était déjà portée sur les valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire.

En 2004, nous avons souhaité développer un dispositif complémentaire à l’outil strictement financier de l’ADIE. C’est ainsi qu’ AB-Services création est née en proposant un outil technique : le PMA (Prêt de matériel avec accompagnement). Nous prêtons pour une durée de quelques mois à un an maximum des véhicules et du matériel de marché (parasol et étals). Le créateur bénéficie d’un accompagnement personnalisé pendant cette période.

Notre projet a été créé en synergie avec d’autres partenaires dont nous utilisons les capacités pour aboutir au même objectif, qui est de permettre la création d’une entreprise quand les conditions d’un schémas « classique » n’auraient pas permis de le faire.

Qui peut faire appel à AB-Services ?

C’est d’abord un créateur qui, sur le marché (banques et systèmes classique de création d’entreprise), ne peut pas finaliser son projet. Ce sont des personnes en situation de chômage, parfois de longue durée, ou des titulaires des minimas sociaux à qui les banques ne font pas confiance. De fait, si une banque soutient le projet de la personne, normalement nous n’intervenons pas.

En premier lieu, nous regardons qu’elle est l’adéquation entre la personne et son projet. S’en suit un processus d’accompagnement en parallèle du prêt de matériel. Nous passons un contrat de droit civil « en bon père de famille ». Le matériel est mis à disposition du créateur moyennant une faible participation financière aux frais d’usage (entretien, assurance). Il doit l’utiliser et en prendre soin comme s’il est le propriétaire. Même si cela ne va pas toujours de soi, nous bâtissons ensemble cette relation de confiance.

Votre projet fait appel à de nombreux bénévoles, souvent retraités. Comment fonctionne votre équipe ?

A l’équipe d’origine sont venus se joindre de nouveaux bénévoles. Les personnes agissent car elles se retrouvent dans les valeurs que nous défendons depuis le début : le droit à l’initiative économique, le droit à l’erreur et la solidarité.
Ce sont ces valeurs de l’Économie Sociale et Solidaire que nous essayons de défendre au quotidien même si ce n’est pas toujours facile. Il y a aussi une dimension à ne pas négliger, c’est celle de la convivialité. C’est ce qui permet qu’au delà des difficultés et péripéties de la vie de l’association, nous continuons d’exister en nous appuyant les uns sur les autres. La contribution de chacun constitue cette solidarité de base.
Être utile aux autres c’est notre valeur fondamentale, c’est ce qui nous rassemble ! Quand une personne accompagnée pendant plusieurs mois nous quitte en nous disant « merci vous m’avez beaucoup aidé », cela fait chaud au cœur, c’est un sentiment très fort...

Comment la coopération permet à votre projet, (et donc aux créateurs d’entreprises) d’avancer ?

Nous pensons que pour insérer quelqu’un par l’économie, il nous faut lui donner un maximum de chances. Dans notre dénomination sociale "AB Services créaion" l’initiative solidaire est mise en valeur. C’est l’initiative commune d’acteurs privés ou publics qui se mettent ensemble pour aboutir à l’insertion « par l’économie ».

Nous sommes très proches des valeurs coopératives. Dès le début du projet nous nous sommes dit que « un plus un » était mieux que « un tout confondu » et que la coopération entre structures pouvait apporter un plus.

Aujourd’hui pour accompagner un créateur d’entreprise nous passons des conventions de partenariats. Ainsi un créateur peut bénéficier du dispositif Chrysalide (Coopérative d’Activités et d’Emploi du Finistère), d’un PMA chez nous et d’un micro-crédit à l’ADIE. Cela veut dire que la coopération de trois acteurs de l’ESS améliore grandement les conditions d’accès à un accompagnement technique et financier pour le créateur.

En outre, nous ne mettons pas en place de prêt de matériel sans accompagnement (d’où le nom du dispositif « Prêt Matériel avec Accompagnement »). Dans le sens de la coopération, si une structure partenaire monte un dossier en commun avec nous, l’accompagnement peut très bien se faire par la structure en question. Par exemple, si un créateur bénéficie d’un micro-crédit ADIE et si leurs équipes ont plus de capacité que nous à l’accompagner, cela nous convient !

De la même façon, nous travaillons aussi de manière conséquente avec la Chambre des métiers. Elle relaie vers nous beaucoup de créateurs d’entreprise. Nous n’avons jamais cherché à développer des équipes pléthoriques d’accompagnateurs mais plutôt à créer des synergies fortes.

Nous entretenons également un partenariat avec l’association « en route pour l’emploi ». Ils possèdent un garage « solidaire » où nous faisons réparer nos véhicules. Pour prolonger le partenariat, nous aiguillons vers eux nos créateurs d’entreprise qui échouent dans leur projet pour des raisons économiques. Il s’agit alors pour nous d’aider ces personnes à revenir sur le marché de l’emploi dans de bonnes conditions.

Avez-vous des projets de développement de nouveaux services ?

Nous aimerions développer une branche « bâtiment » en mettant à disposition un kit professionnel métier, mais pour l’instant il nous manque un financeur ! Tout en nous demandant si d’autres ne peuvent pas compléter notre système au lieu de tout faire nous-même pour apporter une réponse plus large...

Nous aimerions qu’il existe une meilleur synergie entre les acteurs, mais les partenariats, il faut les faire vivre, et ce n’est pas forcément évident...
Dans cet esprit, le développement d’un schéma d’insertion pour le créateur plus visible et plus lisible serait une avancée. Il faudrait qu’il passe par une porte d’entrée pour avoir une vision correcte de l’intégralité de ce que peuvent apporter telles ou telles structures.

Il en va de même d’une méthodologie d’approche de l’insertion par l’économie dans le cadre de l’ESS qui serait connue par tout le monde. Il faut aussi lutter contre le petit esprit de concurrence qui peut parfois exister entre nous en développant plus de synergie et plus de transparence.

Quels conseils pourriez-vous donner à des personnes qui souhaitent créer une association solidaire comme la vôtre ?

Une association comme la nôtre, c’est une école intéressante de solidarité interne via les bénévoles au service des créateurs.
Nous avons une activité de bénévolat très dense : gestion du parc, étude de dossiers… C’est un travail vraiment conséquent ! Il faut garder à l’esprit que l’on ne gère pas une association et une équipe de bénévoles comme une entreprise. Si on tombe dans les travers des objectifs non atteints et autres.... On casse le moteur du bénévolat.

L’association se développera si il continue d’exister des partenariats (publics, privés), des bénévoles et un respect de leur investissement. L’objectif ne doit pas être de grandir sans cesse mais de bien faire son travail.

Ce type de projet fonctionnera s’il fait appel aux fondements de l’ESS que sont la coopération, le mutualisme, l’entraide, et très important : la solidarité.

Enfin, on doit pouvoir reconnaître le droit à l’échec, ce n’est pas une honte ! On doit pouvoir se donner le temps de recommencer...

AB-Services : http://www.ab-services.org

Interview réalisée par l’association Tiriad

Reportage vidéo

Réalisation Canal Ti Zef

Ce portrait d’acteur de l’économie sociale et solidaire a été réalisé avec le soutien de Brest métropole océane.
Posté le mardi 10 avril 2012
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