Interview de Matthieu Hély, sociologue, auteur de l’étude " Les métamorphoses du monde associatif "


L’ESS existe-t-elle ? C’est la question que pose, Matthieu Hély, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris X-Nanterre, dans un article corrosif. Au-delà de données chiffrées encore éparses ou d’un refrain bien rodé sur les spécificités de l’économie sociale et solidaire, les réalités de terrain obligent à modérer le discours sur la spécificité de l’ESS alors même que la richesse produite par le secteur est en grande partie déniée par nos institutions.

Un article de Sylvain Bouchard repris du site Rhône-Alpes Solidaires, magazine de l’économie sociale et solidaire en Rhône Alpes

Si l’œil critique du sociologue focalise sur le monde associatif, il a pourtant la vertu de pointer les leviers à actionner pour une véritable reconnaissance de l’ESS au moment où se mettent en place les exécutifs locaux.

Retrouvez les différentes parties de notre entretien et quelques références bibliographiques.

Votre article « L’ESS n’existe pas », paru sur le site La Vie des Idées, n’est pas tendre avec l’ESS. Il pointe les limites du concept...

Il ne s’agit pas de critiquer les praticiens, je n’ai aucune légitimité pour le faire, mais d’interpeller les « académiques » sur la confusion qu’ils entretiennent entre doctrine et théorie de l’ESS. La science et la propagande sont deux registres qu’il importe de dissocier, c’est ce que j’ai voulu rappeler. Cet article est plus une critique du discours sur l’ESS que des pratiques que l’ESS prétend recouvrir. Je m’interroge surtout sur la légitimité de ce discours et sur la notion d’autonomie qu’il met en avant dans un contexte où on constate un double mouvement. D’une part, les mutations profondes que connaît actuellement l’emploi public ainsi que la redéfinition du champ des services publics consécutive à l’adoption des normes européennes et, d’autre part, la revendication des entreprises capitalistes à être des entreprises citoyennes. Certaines deviennent d’ailleurs des financeurs importants de l’ESS soit par le biais de fondation d’entreprise soit du fait des dispositions fiscales récentes qui encouragent le financement privé.

Quelle spécificité reste-t-il à l’ESS entre cette « privatisation du secteur public » et cette « publicisation » du privé ?

Il faut avant tout souligner que si l’ESS n’existe pas, c’est d’abord aux yeux des pouvoirs publics. En terme de production, la spécificité ESS est niée dans la comptabilité nationale. Car s’il existe bien la catégorie « institutions sans but lucratif », l’INSEE n’y inclut pas les associations dont plus de 50 % des ressources proviennent du financement public et qui de ce fait sont rattachées au secteur public, ni les associations qui annoncent plus de 50% d’autofinancement par la vente de prestations et qui se trouvent assimilées à des société non financières. La catégorie est donc vidée de son contenu.

La suite de l’interview sur Rhône - Alpes Solidaires

- Quelle reconnaissance de l’utilité sociale de l’ESS ?,

- Quelle reconnaissance de L’ESS en tant que "monde du travail" ?

Références complémentaires

- L’économie sociale et solidaire n’existe pas

- La sphère de l’engagement associatif : un monde de plus en plus sélectif


Les métamorphoses du monde associatif " selon Mathieu Hély

Repris de l’article de Guillaume Moutet / Promess publié par Rhône-Alpes solidaire

Une grande étude sociologique sur le salariat du monde associatif (un million et demi de travailleurs) et le nouveau modèle d’emploi qu’il incarne.

Le monde associatif est devenu un véritable marché du travail. Pourtant, dans les représentations collectives, ce monde demeure consacré comme celui du bénévolat, du don de soi et de l’engagement citoyen. Loin d’être un monde "hors du monde", il cristallise les "grandes transformations" qui caractérisent la société salariale.

Cet ouvrage démontre que la catégorie des "travailleurs associatifs" constitue désormais une fraction du salariat que l’on ne peut plus ignorer. Parce qu’il incarne une forme particulière de service de l’intérêt général, l’emploi associatif représente une alternative de plus en plus sérieuse à la raréfaction des postes de titulaires dans la fonction publique.

L’explosion du travail associatif ne peut donc être comprise qu’à la condition d’être replacée dans le cadre des recompositions du service public et, plus généralement, de l’ordre économique capitaliste.

Mathieu HÉLY est maître de conférences en sociologie à l’Université de Paris X - Nanterre.

" Les métamorphoses du monde associatif " - Edition : Puf - 2009 - Collection Lien social

Posté le samedi 24 janvier 2009
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