“Il a fallu une génération pour reconnaître l’ESS en Europe, il en faudra une seconde pour reconnaître son ancrage dans les territoires.”

par RTES

Les 16 et 17 janvier derniers, Strasbourg accueillait les premières rencontres européennes autour de l’entrepreneuriat social intitulées « Entrepreneurs sociaux, prenez la parole ! ». Organisées conjointement par la Commission européenne, le Comité économique et social européen (CESE) et la ville, ces deux journées ont rassemblé plus de 1500 participants venus de toute l’Europe. À la veille des élections européennes, retour sur cet événement, sur le rôle de la collectivité co-organisatrice, Strasbourg, et sur la place de l’ESS en Europe avec Frédéric Nitschke, Conseiller municipal délégué à l’économie sociale et solidaire.

Strasbourg a co-organisé et accueilli ces premières rencontres européennes. Comment cela a t-il été vécu et quel rôle a joué la collectivité ?

Le choix d’organiser cette manifestation ici était évidemment symbolique, Strasbourg est une capitale européenne. Mais ce n’est pas la seule raison. La ville et la Communauté Urbaine mènent depuis longtemps une politique d’ESS sur leur territoire avec un fil conducteur : le partenariat comme méthode de travail. Partenariat avec les échelons européens et partenariat de terrain, avec les acteurs, qui fait notre force aujourd’hui. Si beaucoup de collectivités font la promotion de l’ESS, peu créent les outils et espace d’échanges démocratiques pour co-réfléchir, co-construire, co-produire leurs politiques. Nous avons mis en place un conseil de l’ESS, co-présidé par la ville, la communauté urbaine et la CRESS, qui réunit une centaine d’acteurs, et n’est pas qu’un lieu d’échanges ; c’est un organe de gouvernance et de co-production de la politique d’ESS. Pour ces rencontres, nous avons par exemple effectué un travail de terrain en remontant, par le biais du conseil, les thématiques que les entrepreneurs avaient besoin de voir traitées durant l’événement : SIEG, outils financiers, marchés publics, changement d’échelle des structures de l’ESS, outils de mesure… Et notre stand était mutualisé avec l’ensemble des acteurs du territoire. La collectivité avait ainsi naturellement un rôle à jouer : celui de maillon entre les acteurs de son territoire, avec qui elle a tissé des liens forts, et l’échelle européenne, la commission européenne et le CESE, à travers cet événement.

Des acteurs, locaux, nationaux et européens, qui ont d’ailleurs tenu une place importante...

C’est l’une des choses qui m’a beaucoup marqué : plus de la moitié des participants était des acteurs, hors institutionnels. Pourtant, ces derniers étaient plutôt sceptiques au démarrage. J’entendais dire « un évènement de plus », « une charge de plus ». Certains réseaux étaient même rebutés par le titre des journées. Les acteurs de l’ESS n’ont pas la même position, ni les mêmes attentes et sont encore dans une phase de découverte mutuelle. Il faut juste qu’ils se disent qu’ils peuvent construire des éléments communs tout en ayant un positionnement individuel clairement identifié.

Ces journées ont été une occasion de prendre la température sur la place de l’ESS en Europe. Quels éléments en retenez-vous ?

C’est la deuxième chose qui m’a marqué : la prégnance de l’ESS dans les discours officiels. Alors que nous sommes en pleine période de campagne électorale, ce qui a été dit par Michel Barnier ou Martin Schulz, ils ne l’auraient pas dit il y a 5 ans ! Le chemin parcouru par l’ESS en Europe est important. C’est une prise de conscience. L’ESS a souvent été prise pour l’ « économie des pauvres », et on l’y a cloisonnée. Aujourd’hui, grâce à ces positions, elle devient une économie clairement marquée, avec ses valeurs, son fonctionnement, ses objectifs. Elle a été positionnée et identifiée au moment et à l’endroit où elle devait l’être. Signe de cette reconnaissance, Michel Barnier a exprimé l’envie de ré-organiser ce type de manifestation, dans la forme comme dans le fond. Pour une première approche et de premières rencontres, la mayonnaise a pris. Il faudrait maintenant qu’elle prenne un peu plus du côté institutionnel et ancrage territorial, car s’il a fallu une génération pour reconnaître et positionner l’ESS en Europe, il en faudra une seconde pour reconnaître son ancrage dans les territoires.

Selon vous, quelles sont les politiques ESS à développer et renforcer à échelle européenne ?

Je m’attacherais à renforcer les axes déjà mis en œuvre. Le développement des clauses sociales dans les marchés publics est un chantier qui avance bien et qu’il faut poursuivre. Il me paraît également important de développer certains axes en particulier, les outils financiers, par exemple. Les collectivités sont arrivées aux limites de leurs possibilités de participation financière, on n’est plus uniquement dans la subvention. Il est important de développer les modes de finances solidaires, les fonds de dotation pour les microcrédits, les garanties d’emprunts, de réfléchir aux monnaies complémentaires... Et réfléchir ces éléments à échelle européenne est pertinent. À Strasbourg, nous avons d’ailleurs lancé une étude sur la possibilité de mise en oeuvre d’une monnaie complémentaire et travailler à la mutualisation des trésoreries des sociétés d’économie mixte.

La prochaine lettre papier du RTES aura pour thème : ESS en Europe. Rendez-vous en avril pour la découvrir !
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Retrouvez les discours de Michel Barnier et de Martin Schulz prononcés lors de ces rencontres européennes.

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Cet article est repris du site http://rtes.fr/Il-a-fallu-une-generation-pour
Posté le samedi 15 mars 2014
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