Exemple de la filière bois-énergie de Haute Mayenne

S’organiser pour construire des filières en réponse à des besoins locaux


Cette synthèse est issue de l’atelier de travail de novembre 2010 dans le cadre de la journée thématique "entreprendre autrement, financer autrement", organisée par le Conseil général d’Ille-Et-Vilaine

Intervenants :

  • Joel Gernot, SCIC Haute Mayenne bois
  • Antoine Pillet, auteur de « comment démarrer en mutualisation ? »

1. Origine du projet

"Au départ, la volonté était de valoriser au maximum le bocage, où les dimensions sociales et environnementales sont importantes. Mais le bois issu des scieries est vendu beaucoup moins cher. Par contre, le bois déchiqueté nécessite beaucoup moins de travail que le bois bûche. Au final, le développement de la filière bois-énergie semblait avoir des atouts…"

Il a fallu plus de deux ans de travail, à travers des réflexions impliquant le plus grand nombre de parties prenantes, avant que le projet puisse être concrétisé.
Le pilote (et pilier !) du projet depuis le départ a été un élu de la ville de Mayenne. C’est lui qui a porté le projet et qui a permis sa réalisation.

2. Co-construire la filière

Convaincre

Au départ, il a été organisé des visites avec les élus de la chaufferie de Lorient (alimentée par du bois venant de l’association Emmaüs), pour les convaincre de la valeur ajoutée d’un tel projet. Valeur sociale (bois issu de filières d’insertion, créatrice d’emploi et de réinsertion sociale), environnementale (gestion du bocage, offre d’un moyen de chauffage alternatif et non basé sur des énergies fossiles…), économique (potentiel de développement important, valorisation des déchets bois pour les agriculteurs …).

Fédérer

Ensuite il a fallu rassembler et réssembler tous les acteurs autour du projet, pour le construire ensemble :
-  Les fournisseurs de bois existants sur le territoire (scieries…)
-  Les futurs utilisateurs (collectivités, structures intéressées par l’installation de chaudières bois)
-  Les villes et les associations du territoire
-  Les agriculteurs

"L’objectif était d’obtenir le soutien et l’adhésion de tous, pour qu’ils puissent s’approprier le projet et s’impliquer. La bonne surprise a été que tous les acteurs sollicités au départ sont restés, (mis à part les forestiers, qui, dès le début du projet avaient évoqué leurs réticence, due principalement au fait qu’ils ne voyaient pas de valeur ajoutée à leur implication)."

Ceci a mené les acteurs à choisir la forme juridique d’une SCIC, qui s’est avérée être la plus adaptée.

3. Réalités financières et coopération

La forme SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) a été choisie pour que la collectivité puisse investir dans le projet. Le montant maximum de leur participation ne devait pas être supérieur à 20% du capital. Cela a été un frein assez important, d’autant que les collectivités étaient prêtes à mettre plus de capital, mais le statut les en empêchait.

Cela a été très compliqué de trouver suffisamment de fonds privés.
Difficile aussi de trouver des financements auprès des banques classiques, avec un statuit juridique qu’elles connaissent mal.

La SCIC est composée de plusieurs partenaires :
-  Les fournisseurs
-  Les utilisateurs
-  Les collectivités
-  Les partenaires techniques

L’apprentissage de la coopération s’est faîte de manière progressive, dans une confiance mutuelle. Les aspects convivialité et création de lien, ont joué un rôle important.

Afin de mettre en place et développer la filière, les savoir-faire et les compétences sont mutualisées (par exemple, les chefs d’entreprises accompagnent la gestion financière du projet, les CUMA prennent en charge les aspects techniques…).

4. Développement

Au départ, 400 tonnes de bois déchiqueté était livrées.
En 2009, 1000 tonnes, et en 2010, 2000 tonnes seront atteintes.

La croissance de l’activité est importante et le potentiel de développement, en tenant compte de critères environnementaux stricts, est encore très fort.

En effet, une étude de potentiel dans le cadre d’une gestion durable du bois estimait le potentiel pour le Pays de haute Mayenne à 50 000 tonnes !

Cette croissance implique un élément important : plus la production augmente, plus les frais de stockage sont importants. Aujourd’hui, des plateformes de séchage et de stockage sont construites par les collectivités et mise à disposition gratuitement pendant 3 ans. L’objectif est aussi de réduire l’impact des transports.

Aujourd’hui, la tonne sèche de bois déchiqueté se vend 86€.

Le bois est issu de trois filières :
-  30% provient du bois de bocage, des agriculteurs du territoire
-  20% provient du bois de bocage récupéré et travaillé via un chantier d’insertion (association copainville), employant 11 personnes.
-  50% est issu de bois industriel

La politique commerciale est très simple : ce sont les clients qui viennent spontanément faire leurs commandes. Il n’y a aucune prospection. Ces clients sont à 75% des collectivités.

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Posté le vendredi 11 février 2011
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