ESS et 3ème révolution industrielle

par RTES

Le lancement de la démarche de la 3ème révolution industrielle en Nord-Pas de Calais, unique en France, le 25 octobre, a été un moment de mobilisation importante des forces économiques, politiques, sociales, universitaires, de la région. La démarche ambitionne « d’apporter une espérance et de dessiner un horizon », selon les termes de Daniel Percheron.

Alors que l’urgence à repenser le modèle économique actuel est reconnue par tous, que les acteurs de l’ESS ont été précurseurs de nombre de filières identifiées comme leviers de développement, l’ESS et ses acteurs sont relativement absents de la démarche. Leurs actions et leurs réflexions peuvent pourtant apporter des réponses pertinentes à la démarche engagée.

Pour Philippe Vasseur, président de la CCI Nord de France, à l’initiative de la venue de Jérémy Rifkin en région, et Daniel Percheron, président du conseil régional Nord-Pas de Calais, la région est prête à être la 1ère région française à pouvoir décliner concrètement la pensée de Rifkin.
Ce dernier met en évidence cinq piliers de cette 3ème révolution industrielle :
- Energies renouvelables
- Bâtiment producteurs d’énergie
- Stockage énergie
- Réseaux intelligents
- Transports non polluants
Piliers élargis aux thématiques de l’économie circulaire et de la fonctionnalité.

Les objectifs affichés sont, à l’horizon 2050, de couvrir 100% de besoins énergétiques de la région par la production d’énergies renouvelables (grâce à une réduction de 60% de la consommation énergétique, un investissement massif dans les énergies renouvelables et un vaste programme de rénovation urbaine qui transformera bâtiments, quartiers et villes en microsites producteurs d’énergie), et ainsi d’être la 1ère région à basculer complètement dans l’ère post-carbone.
_ Les liens entre ESS et cette démarche devraient être étroits :
- l’urgence à repenser notre modèle économique, à être plus économe et inventif en matière de production d’énergie et de consommation des ressources, a été soulignée par tous.
- l’importance du pouvoir transversal et de la coopération a été soulignée par Jérémy Rifkin
- la place des territoires, des collectivités et des entreprises, a été rappelée par Philippe Vasseur
- l’objectif de la 3ème RI est « une nouvelle symbiose entre les hommes et leur environnement, la mise en pratique de nouveaux modes d’éducation, de l’école à l’université, s’appuyant sur la fertilisation croisée des expériences, sur la valorisation des comportements collaboratifs et sur l’apprentissage d’une relation équilibrée avec la biosphère » (page 21 de la synthèse).

Les filières identifiées (écoconstruction ; mobilité durable ; énergies renouvelables..), et les leviers (mobilisation de l’épargne citoyenne) sont autant de domaines où l’ESS a été précurseur, et notamment en région. Au-delà du beau projet d’écozone porté par Bâtisseurs Economie Solidaire [1], seul projet affiché ESS parmi la vingtaine de projets présentés le 25 octobre, de nombreux acteurs sont déjà largement engagés dans la démarche.
Le Relais, Envie développement et les ressourceries, sont des pionniers de l’économie circulaire… Plus récemment, Lilas Auto partage, dans le domaine de la mobilité durable, Baraka, Solis [2], sont autant d’acteurs importants.
Les acteurs de la finance solidaire, qui depuis des années mobilisent de l’épargne citoyenne pour favoriser la création d’entreprises solidaires et d’emplois en Nord Pas de Calais, font du Nord Pas de Calais une région de référence dans le domaine.

Et pourtant l’économie sociale et solidaire reste relativement absente des réflexions en cours. Un des enjeux aujourd’hui pour les acteurs de l’ESS, et pour les politiques publiques qui les accompagnent, est de montrer que leurs actions et leurs réflexions sont des réponses pertinentes aux questions désormais admises par tous.

Au-delà des acteurs existants, qui doivent être mieux connus et reconnus, les formes d’organisation de l’ESS sont particulièrement adaptées à cette 3ème RI : le développement des énergies renouvelables, sur la base d’unités de taille limitée, au plus près de la ressource et de la consommation, est propice au système coopératif.

L’Allemagne le démontre amplement : plus de la moitié de sa production énergétique renouvelable est détenue par les citoyens au sein de coopératives. Selon Novethic [3], l’Allemagne a doublé le nombre de ses coopératives de production d’énergie, avec 800 coopératives adhérant à la Fédération, ce qui représente 130 000 membres actifs, qui ont d’ores et déjà investi 1,2 milliards d’euros dans les énergies renouvelables, pour une production de 580 millions de Kwh d’énergie verte.
La Gazette des Communes du 11/11/2013 (N° 2196), donne l’exemple du Village de Grossbardof en Bavière, 1000 habitants. En dix ans, avec sa coopérative d’énergie, le village, de consommateur est devenu exportateur net : il produit 4 fois plus d’électricité qu’il n’en consomme grâce au photovoltaïque et un digesteur de biogaz. La capacité de chauffage urbain de Grossbardof a attiré une entreprise de machine outils, qui voulait investir dans une halle de production à bas coût énergétique, créant ainsi 140 emplois.

En France ce modèle est encore trop peu développé [4]. Et pourtant, la formule coopérative présente deux avantages concurrentiels majeurs : elle permet de lever de l’épargne locale.
En Allemagne les coopératives se financent à 50 % sur fonds propres. A l’heure du développement du crowdfunding, on imagine que des clients veuillent financer eux-mêmes une électricité qui les éloigne du risque nucléaire. Le second avantage est que cette formule favorise une plus grande acceptabilité des citoyens, par exemple sur l’éolien. Au lieu de projets imposés et subis, on développe des projets choisis et acceptés.

Au-delà des projets d’énergies renouvelables, l’une des formes de coopératives, les sociétés coopératives d’intérêt collectif, outil juridique relativement neuf, permettant d’associer citoyens, entreprise et collectivités locales dans des projets d’intérêt collectif, est sans doute un outil approprié pour nombre de projets s’inscrivant dans la 3ème RI.

Car pour répondre aux enjeux de la prochaine décennie, la technologie ne suffira pas. L’innovation sociale sera plus que jamais nécessaire pour apporter des réponses aux besoins et aspirations sociales. Les expérimentations autour de lieux collectifs, favorisant de nouvelles formes de travail et l’articulation vie privée vie professionnelle, autour des Fab lab, le projet de pôle territorial de coopération économique autour des sont autant d’initiatives importantes. La participation des citoyens est une dimension indispensable, et que peuvent apporter les acteurs de l’ESS. Et les principes de lucrativité limitée et de mixité des ressources publiques et privées ne sont-ils pas nécessaires ?

Comme le souligne Jean-François Caron, Maire de Loos en Gohelle, conseiller régional, vice-président du Forum d’Orientation, et un des pionniers du développement durable en Nord pas de Calais : « Tous ceux qui auraient pu s’exclamer : « mais ça fait 30 ans qu’on fait ça ! » ont l’humilité de dire : « banco, on y va »… Je qualifie Jérémy Rifkin de formidable accélérateur de particules. ». Et les acteurs de l’ESS ne peuvent rester à côté de cette accélération.


[1] Avec l’appui du Pôle Coopératif Entreprises Energie Environnement Nord Pas de Calais

[2] SCIC dans le domaine du photovoltaïque, qui vient d’achever son premier marché d’installation de capteurs solaires sur le toit d’une école à Lille, en lien avec l’association SOLIS en capacité de mobiliser l’énergie citoyenne à travers des clubs citoyens solaires et la mise à disposition des toits

[3] cité par Hugues Sibille dans son blog

[4] A noter qu’au niveau national, et présente en région, la coopérative de consommateurs, Enercoop, constituée en SCIC (www.enercoop.fr), créée en 2005, fournit 15 000 abonnés, dont 12 000 sociétaires, avec de l’électricité renouvelable. Elle vient d’être désignée Prix 2013 de la finance solidaire Finansol.

Cet article est repris du site http://rtes.fr/ESS-et-3eme-revolution
Posté le lundi 9 décembre 2013
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