« Donner à voir les réalités contrastées de nos territoires »


Créée en mars 2011, l’association Accueil Banlieues est née de la volonté d’habitants de Seine-Saint-Denis de lutter contre l’image dégradée de leur territoire et d’en promouvoir les richesses. Le concept ? Un accueil chez l’habitant comprenant l’hébergement et une immersion du visiteur au cœur des réalités locales. Entretien avec Marie-Pierre Agnès, co-fondatrice et présidente de l’association.

Comment est née Accueil Banlieues ?

En 2004, mon compagnon et moi nous sommes installés à Epinay-sur-Seine pour des raisons pratiques mais aussi par intérêt et par affection pour les banlieues nord de Paris. Par leur rôle dans l’histoire urbaine, ces territoires rassemblent des ressources aussi nombreuses que méconnues, tant sur la recherche architecturale que sur le plan social. Nous avions envie de contrebalancer le cliché surmédiatisé des voitures qui brûlent ! A ce moment-là, nous étions déjà des habitués d’Accueil paysan dont les territoires souffrent également d’a priori. En échangeant avec nos hôtes, nous avons décidé de décliner le modèle de leur réseau à nos banlieues : héberger en chambres d’hôte les visiteurs et leur offrir un temps de découverte privilégiée grâce à des balades urbaines, en allant à la rencontre des habitants, des commerçants, ...
L’association « les Amis d’Accueil Paysan » nous a encouragés et accompagnés. Nous avons mobilisé notre réseau amical et militant (FCPE, Amap...) et nous nous sommes lancés ! Aujourd’hui, notre association compte une vingtaine d’hébergeants de Seine-Saint-Denis principalement et propose 35 places d’hébergement.



Quelles sont vos ressources ? Comment fonctionnez-vous  ?

Sur la base du volontariat. Accueil Banlieues ne compte pas de salarié à ce jour. Et pour ouvrir nos portes à tous, les hébergeants demandent une participation modique aux visiteurs : 15 euros par nuitée. Certains trouvent gênant de « faire payer » leur hospitalité mais ce principe cherche à éviter les découragements dans la durée. Nos ressources sont donc avant tout humaines. Nous travaillons à nous faire connaître et à croiser les réseaux. Si l’aspect financier n’est pas notre première préoccupation, les appuis que nous recevons ponctuellement nous permettent d’aller de l’avant. Au printemps dernier, nous avons bénéficié d’aides départementales et nationales afin d’héberger les participants des Rencontres Internationales d’Accueil Paysans (15 nationalités représentées). Un temps collectif fort qui a mobilisé tous les hébergeants de l’association, nos partenaires, en l’occurrence le BTS tourisme d’un lycée d’Epinay, et a renforcé le dynamisme de notre réseau.



Quels changements apportent ces croisements de regards ?

L’association a permis de belles rencontres et de beaux échanges. Les appréhensions initiales des hébergeants sont tombées, notamment celle d’être observés comme des « bêtes de foire ». L’hébergement temporaire de Paris étant ce qu’il est, les visiteurs viennent chez nous par praticité, mais nous veillons à ne pas être associés à une simple solution low cost ! Ils jouent le jeu et participent volontiers aux visites. Leurs retours sont très positifs. Rares sont les changements de points de vue radicaux mais la plupart s’est laissée surprendre : par le mariage réussi du pavillonnaire et du loyer modéré, ou par le climat des rues, beaucoup moins tendu que ce que les médias laissent entendre... Nous ne faisons pas d’angélisme pour autant. Les réalités de nos banlieues sont contrastées et c’est cela que nous donnons à voir.



Envisagez-vous de nouveaux développements ?

A ce jour, aucun des hébergeants d’Accueil Banlieues ne compte sur cette activité sur le plan financier, mais cela pourrait tout à fait constituer un complément de revenus... Or, nous nous heurtons à l’interdiction de pratiquer l’activité de chambre d’hôte pour les locataires en HLM. Aussi, nous nous sommes associés à la coopérative marseillaise Hôtel du nord (dont l’activité est identique à la nôtre) afin d’interpeller les politiques sur ce sujet.

Pour en savoir plus, visitez le Blog d’Accueil Banlieues ou consultez le site de l’office du tourisme de Seine-Saint-Denis

Cet article est repris du site http://rtes.fr/Donner-a-voir-les-realites

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Posté le mardi 19 février 2013
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