Interview de François Kerfourn, spécialiste des coopératives salariales

Coopératives. Un modèle salarial anti-crise

article dans sa langue originale

Spécialiste des coopératives salariales, François Kerfourn anime, ce soir, 24 Novembre, une conférence à a faculté Segalen, intitulée « Travailler dans une coopérative, une réponse àlacrise ? ».

Qu’est-ce qu’une coopérative salariale ?

C’est un groupement d’individus qui décident de créer une entreprise pour exercer de manière démocratique leur métier. Il y a en fait deux types de coopératives salariales. Celles quisecréent par philosophie : quelques personnes veulent créer une entreprise ensemble sous la forme coopérative. Mais il peut aussi s’agir d’une reprise d’entreprise « classique ». Ça peut être une entreprise en bonne santé, mais le patron qui souhaite la vendre préfère vendre à ses salariés plutôt qu’à un grand groupe international. Ou alors, l’entreprise est en difficulté, il n’y a pas de repreneur, et les salariés s’organisent pour la reprendre eux-mêmes.

Tous les secteurs sont-ils concernés ?

Oui. 35% des coopératives secréent dans le secteur du bâtiment. Mais le secteur tertiaireest aussi de plus en plus concerné. A priori, toute entreprise peut fonctionner sous la forme coopérative. Mais, dans le cas d’une reprise, ça ne fonctionne que sil’entreprise avait déjà une culture participative à l’origine.

Comment fonctionne une coopérative ? Moyennant une participation financière, chaque salarié est copropriétaire de l’entreprise. Les nouveaux salariés deviennent sociétaires généralement au bout d’un ou deux ans. Ilspayent alors une première part, de 15€ environ. Puis une partie du salaire (5% en moyenne) est ponctionnée chaque mois. Une part dans l’entreprise équivaut au final à trois ou six mois de salaires, selon le type d’activité. En échange, le salarié ne travaillepas pour un patron, mais pour lui-même et ses associés. Les bénéfices sont partagés entre sociétaires. Et, lors des assemblées générales, il y a égalité : chaque associé a une voix lors des votes.

Sans patron, l’entreprise peut-elle avancer avec cohérence ? Oui car, au sein de l’entreprise, il y a des décideurs. Des cadres qui sont qualifiés pour prendre les décisions au quotidien. L’ensemble des sociétaires apportent leur voix sur le projet global del’entreprise.

Une coopérative salariale peut-elle être compétitive dans un secteur concurrentiel ? Oui car les salariés travaillent pour eux-mêmes, ils se montrent donc d’autant plus efficaces. Preuve de la pérennité de ces entreprises, leur taux de survie à cinq ans est de 58%, au-dessus de la moyenne nationale des entreprises classiques qui est d’environ 50%.

Selon vous, la coopérative est-elle un bon modèle anti-crise ? Dans cette période où on parle de mal-être social, la coopérative détone. Les salariés interrogés disent qu’ils sont heureux de pouvoir s’exprimer et d’être entendus, de participer pleinement à la vie de l’entreprise, d’être solidaires, respectés...

C’est un modèle qui a de l’avenir... Dans les prochaines années, avec le départ à la retraite des générations du bapy-boom, 700.000entreprises en France vont perdre leur patron. Untiers,en excellente santé, sera repris par de grands groupes, un autre tiers, en mauvais état, disparaîtra. Le dernier tiers pourrait alorsêtre repris par les salariés. Pratique Conférence « Travailler dans une coopérative, une réponse à la crise ? » ce soir, à 18h à la faculté Victor-Segalen, à Brest.

Interview reprise du journal Le Télégramme (24/11/09) et réalisée par Aurélie Le Pape

Posté le mardi 24 novembre 2009
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