Contributions des politiques d’économie circulaire à la lutte contre le dérèglement climatique


Augmenter l’efficacité énergétique dès la phase de production
La symbiose industrielle, l’un des piliers de l’économie circulaire, bouleverse le mode de production établi depuis la révolution industrielle. Selon cette discipline, les flux industriels d’un territoire doivent être analysés et mutualisés pour parvenir à l’optimisation des ressources et de l’énergie, comme le ferait un écosystème biologique dans lequel « les végétaux synthétisent des substances qui alimentent les animaux herbivores, lesquels sont mangés par les animaux carnivores, dont les déchets et les cadavres servent de nourriture à d’autres organismes »[[1]]url :#_ftn1 .

Ce nouveau mode industriel permet ainsi d’augmenter l’efficacité énergétique des process, et donc de réaliser des économies d’énergie, condition sine qua non à la transition énergétique. Concrètement, cela se traduit sur les territoires par l’échange de sous-produits, la réutilisation de l’eau, la valorisation des excédents de chaleur, la production d’énergie en commun à partir de ressources renouvelables, le partage de l’utilisation d’un équipement ou d’une flotte de véhicules, autant d’exemples d’actions qui sont aujourd’hui menées en France par une quarantaine de démarches, grâce à la structuration de réseaux d’acteurs dédiés. Au Royaume-Uni, le programme national qui a été lancé il y a plus de 9 ans, le NISP, a notamment permis d’éviter l’émission de 40 millions de tonnes de CO2 et de 47millions de tonnes de mise en décharge.

L’une des pratiques de la symbiose industrielle consiste notamment à valoriser l’énergie fatale, c’est-à-dire l’énergie résiduelle produite au cours du processus industriel mais qui reste non utilisée. Selon EDF, sur les 450 TWh que représente la consommation énergétique industrielle française chaque année, 140 TWh ressortent sous forme d’énergie fatale. L’ADEME estime que les économies d’énergie récupérables correspondent à 52 TWh sur les utilités industrielles et 7 TWh sur les process[[2]]url :#_ftn2 . A titre de comparaison, les livraisons d’électricité déclarées par RTE pour l’ensemble de l’Ile de France en 2011 sont de 67 TWh. A ces chiffres s’ajoutent ceux du potentiel du secteur résidentiel, non comptabilisé à ce jour.

On peut utiliser cette énergie fatale afin d’alimenter un réseau de chauffage urbain, comme c’est le cas à Dunkerque, où la chaleur issue de process industriel permet d’alimenter le réseau à hauteur de 70% des besoins ; celle issue d’un data center à Val d’Europe représente à terme plus de 26.000 MWh, soit 5 400 tonnes de CO2 évitées et 600 000 m2 alimentés, par an[[3]]url :#_ftn3 .

En Europe, le Danemark est pionnier en matière de réseaux de chaleur : plus de 60% des logements y sont connectés, tandis qu’en France, cela ne concerne que 5% des logements.

Les réseaux se déclinent également en réseaux d’énergie frigorifique : les réseaux mis en place au Japon distribuent une part plus importante de froid que de chaud. En 2007, les réseaux ont distribué 15400 TJ de froid (0,37 Mtep), contre 9600 TJ de chaleur (0,23 Mtep)[[4]]url :#_ftn4 . 

En ce qui concerne la récupération de chaleur des eaux usées, la Suisse est en avance avec 30 installations qui récupèrent la chaleur des eaux usées, soit l’énergie nécessaire pour chauffer 30.000 appartements[[5]]url :#_ftn5 . Le potentiel total d’énergie qui pourrait être récupéré à partir des eaux usées en Suisse serait de 2.000.000 kWh/an, soit l’équivalent en énergie de la consommation d’eau chaude de 12% de la population du pays, selon SuisseEnergie[[6]]url :#_ftn6 .

Pour le moment en France, l’évaluation et l’exploitation du potentiel de l’énergie fatale restent insuffisantes, comme pour la plupart des actions d’écologie industrielle.
Dans la phase de production, la mise en œuvre de l’économie circulaire permet également d’augmenter l’efficacité énergétique grâce aux démarches d’éco-conception. L’éco-conception est la prise en compte, dès la conception des produits et des services, de leurs impacts environnementaux. Grâce à elle, la consommation d’énergie par unité produite est réduite, et l’efficacité énergétique des produits est améliorée. Cela permet non seulement de contribuer à la réalisation des objectifs français en matière de transition énergétique et de changement climatique, mais également de soutenir la compétitivité de l’énergie française.

La Commission Européenne a d’ores et déjà pris conscience du potentiel de l’éco-conception et a établi un cadre pour la fixation d’exigences en la matière, au travers de la directive cadre 2009/125/CE, applicable aux produits liés à l’énergie. Selon la Commission Européenne, les 9 premières mesures adoptées au titre de cette directive devraient réduire la consommation d’électricité de 340 Twh d’ici 2020, soit l’équivalent de la production de 77 centrales électriques classiques. Si l’ensemble des mesures sont mises en œuvre, cela devrait permette une économie annuelle à l’échelle de l’Union Européenne à l’horizon 2020 de plus de 1000 Twh, soit près de 2/3 de la consommation de la France.

Les branches opérationnelles de l’économie circulaire appliquées dès la phase de production révèlent un potentiel d’efficacité énergétique qui est indissociable d’un projet de transition énergétique global.


Cet article est repris du site http://www.institut-economie-circulaire.fr/Contributions-des-politiques-d-economie-circulaire-a-la-lutte-contre-le-dereglement-climatique_a1021.html
Posté le mercredi 9 décembre 2015
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