Chronique Terre Solidaire


Le premier baromètre des sociétés civiles dans les pays en développement

On parle aujourd’hui beaucoup du rôle de la société civile dans la vie sociale, et plus largement dans l’espace national, européen et même mondial. Qu’appelle-t-on la société civile ? Tout d’abord il ne s’agit pas d’une réalité homogène, puisque composée d’acteurs de natures différentes, avec des objectifs différents et parfois contradictoires. Pour le C.C.F.D.-Terre Solidaire, c’est « l’ensemble des citoyens qui, en vertu des droits qui leur sont reconnus et par les organisations qu’ils se sont données, interagissent avec les partis politiques et l’État d’une part, et les acteurs du marché économique d’autre part ; ils entendent contribuer, par une action autonome, à la promotion d’un développement équitable de toutes les personnes et respectueux de l’environnement. Ces acteurs sont organisés en O.N.G., en associations à but non lucratif, en mouvements, en syndicats ou en groupes religieux, et travaillent dans l’espace public, relayant les demandes des citoyens auprès des institutions publiques et des entreprises. Le rapport qui s’établit entre l’État, le marché et la société civile doit permettre d’élaborer des réponses légitimes aux demandes sociales, en un mot de gouverner. » (R.O. 2014-2020)

Or le C.C.F.D.-Terre Solidaire, en partenariat avec l’I.R.I.S. (l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques) vient de publier son premier baromètre sur les sociétés civiles dans quarante et un pays émergents ou en développement, mettant en avant l’importance des mouvements sociaux mesurée par rapport à leur capacité de mobilisation et d’organisation : une vraie dynamique à l’œuvre ! Pour réaliser cette première édition, un questionnaire fermé a été envoyé aux partenaires du C.C.F.D.-Terre Solidaire afin de dresser un état des lieux. Ont notamment été passées au crible les réponses concernant l’impact des actions engagées par les organisations en matière de lutte contre la pauvreté, en matière de droits humains ou sociaux ; leur degré d’intégration avec les autres associations au niveau national et international ; les liens développés avec les pouvoirs publics et les institutions.

Premier enseignement : les sociétés civiles existent et sont en cours de structuration sous toutes les latitudes, quel que soit d’ailleurs le développement des pays. Deuxième enseignement : le dynamisme des sociétés civiles dépend davantage de l’existence ou non de la liberté politique, liée à la liberté d’opinion, à la liberté de la presse, à la perception de la corruption, et liée à des indicateurs de la paix et de la sécurité. Bien entendu, les auteurs de ce baromètre sont conscients du caractère imparfait de cette première version, qui peut être partielle, ponctuelle, et parfois même subjective. Par contre ce qui est certain c’est que ce baromètre fait apparaître une grande vitalité des sociétés civiles : cela est particulièrement éclatant en Afrique où ces organisations sont plus dynamiques même que les sociétés civiles sud-américaines.

En Afrique, en effet, depuis dix ans, il existe un contexte international et local très favorable à leur développement, et elles ont réussi à impulser de réelles dynamiques. C’est notamment le cas au Sénégal où la société civile joue un rôle indéniable et est une des plus vivantes du continent. D’autres résultats sont plus étonnants : selon le baromètre, la société civile de la République Démocratique du Congo est plus dynamique que celle d’Afrique du Sud. Remettre ces données dans leur contexte permet toutefois de relativiser ce paradoxe. Les associations de R.D.C. continuent de se mobiliser, notamment à l’Est du pays, dans un contexte de guerre violente. Pour autant, dans la plupart des pays étudiés, des progrès restent à faire. Aujourd’hui les mouvements des pays du Sud auront à s’autonomiser par rapport aux États du Nord comme du Sud, qui doivent considérer ces sociétés civiles comme des interlocuteurs ayant une légitimité sociale dans des pays où les interlocuteurs traditionnels, les politiques, ont largement failli.

Jean-Michel Lastennet, Billet des 20 et 21 février 2014. Ces billets hebdomadaires consacrés à la géopolitique du développement, solidarité avec les pays du Sud et de l’Est, sont diffusés sur Radio Rivages, les jeudis à 18h25, rediffusion le vendredi suivant à 07h20. Durée 3 min

Cet article est repris du site http://www.solinter-brest.net/associations/ccfd-terre-solidaire-comite/article/chronique-terre-solidaire-584
Posté le samedi 8 mars 2014
©© eco-co-sol, article sous licence creative common (cc by-nc-sa) info