Chronique Terre Solidaire


Des déclarations pour l’agriculture familiale paysanne : la France doit passer aux actes !

Dans le cadre de l’Année Internationale de l’Agriculture familiale, et à l’occasion du Salon de l’Agriculture qui vient de fermer ses portes, des interventions de ministres ont montré leur intérêt pour l’agriculture familiale paysanne, et le gouvernement lui-même l’a défendue dans la « Loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale », récemment adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale.

Mais au-delà de l’opération de communication, des engagements politiques forts sont attendus, pour conduire la France, cette année, à engager concrètement l’évolution de ses politiques commerciales, agricoles, d’investissements et de développement en faveur de l’agriculture familiale paysanne.

Aujourd’hui, sur les 850 millions de personnes qui souffrent de la faim –une personne sur 8-, les ¾ sont des paysans et paysannes. Pourtant, malgré les multiples formes d’exclusions qui frappent l’agriculture familiale paysanne, celle-ci produit aujourd’hui 70% de l’alimentation mondiale, elle fournit plus de 60% de l’emploi dans les pays les moins avancés, et reste garante de la biodiversité. Un collectifs d’associations, dont le C.C.F.D.-Terre Solidaire, font demande au président de la République et aux ministres concernés de se saisir des opportunités internationales existantes en cette année 2014 pour défendre l’agriculture familiale paysanne.

Pour mettre son action en cohérence avec ses discours, en mettant fin aux processus publics et privés d’exclusion de cette agriculture souhaitée, la France peut et doit travailler à 6 chantiers :

D’abord, créer des instruments de coercition contre l’accaparement des terres et l’éviction des paysannes et des paysans. Passer de directives volontaires sur le foncier de la FAO à l’instauration de règles obligatoires incontournables et de systèmes de recours contre les investissements qui contribuent à la violation des droits des paysans. Ensuite, repoussant les accords de partenariat économiques entre continents Europe-Afrique-Caraïbe-Pacifique, soutenir la protection et l’essor des agricultures familiales et leurs filières locales en Afrique en particulier, et mettre fin aux politiques commerciales de libre échange entre Europe, Inde, Chine, Méditerranée et Amérique latine, qui condamnent la souveraineté alimentaire des plus pauvres. En troisième lieu, remettre en cause la mal-nommée « Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique » du G8, qui ne fait que soutenir des entreprises d’exploitation agro-industrielle à grande échelle, plutôt que de permettre aux agricultures familiales paysannes de développer tout leur potentiel pour la souveraineté alimentaire et la nutrition, par des programmes d’investissements et des politiques publiques foncières, agricoles et commerciales.
En quatre, s’assurer que les futurs Objectifs du développement durable agro-alimentaire soutiennent clairement les agricultures familiales paysannes . En cinq, s’appuyer en priorité, dans la recherche et les financements, sur cette agriculture familiale comme acteur d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, lors des différentes Conférences futures sur le climat, en 2014 au Pérou et 2015 en France, plutôt que sur des agricultures polluantes et excluantes. Et enfin, soutenir le travail des Nations Unies sur les droits des paysannes et des paysans.

On peut donc dire que l’agriculture familiale paysanne est la mieux armée pour nourrir le monde et pour relever tous les défis majeurs du XXIème siècle : alimentation, climat, énergie, environnement, emploi : mais à condition de lui en donner les moyens par des politiques publiques adaptées, aussi bien au niveau de chaque pays, que par régions du monde, ou qu’au niveau international.

L’Année Internationale de l’Agriculture Familiale 2014 ne doit pas seulement permettre à la France d’en discuter, mais d’accorder son action à ses discours officiels.

Jean-Michel Lastennet, Billet des 6 et 7 mars 2014. Ces billets hebdomadaires consacrés à la géopolitique du développement, solidarité avec les pays du Sud et de l’Est, sont diffusés sur Radio Rivages, les jeudis à 18h25, rediffusion le vendredi suivant à 07h20. Durée 3 min

Cet article est repris du site http://www.solinter-brest.net/associations/ccfd-terre-solidaire-comite/article/chronique-terre-solidaire-585
Posté le samedi 8 mars 2014
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