Cessons de créer des entreprises !


Promouvoir la création d’entreprises fait consensus. Inciter des individus,
notamment s’ils sont privés d’emploi, à vouloir « se mettre à leur compte » est non
seulement une posture constante de la part des politiques publiques depuis quinze ans, mais
aussi une « évidence » unanimement reconnue, dont personne ne met en doute la pertinence
économique.

Pourtant, une étude – une seule ! – est-elle jamais venue prouver cette « évidence » ? A-t-on
déjà mesuré ce que la création de leur micro-entreprise par des dizaines de milliers de chômeurs
avait, ces dernières années, produit de richesses économiques ? A-t-on jamais, au-delà du
chiffre des cessations/poursuites d’activités, ou de celui du remboursement des microcrédits
contractés, mesuré les revenus de ces micro-entrepreneurs, évalué leur situation sociale ?

Articlede Stéphane Veyer, extrait d’un livre collectif publié à la Documentation Française

Selon nous, loin d’avoir généré de la richesse économique, la promotion de la création d’entreprises
de plus en plus petites a davantage suscité le développement d’une forme de précarité sociale

rarement mise en lumière. La microscopisation de l’entrepreneuriat, adaptée à des populations
de plus en plus éloignées de la création d’entreprises classiques (c’est-à-dire du modèle de la
petite PME constituée sous forme de société), a établit une équation cruelle : micro-entreprise
+ micro-crédit = micro-revenu + micro-protection sociale.

Face à ce processus, des personnes tentent la construction d’un modèle alternatif : la mutuelle
de travail.

Issue du mouvement des coopératives d’activités et d’emploi, la mutuelle de travail
est une entreprise coopérative dans laquelle des professionnels se protègent mutuellement
leurs parcours professionnels. Coopaname en région parisienne, mais aussi Vecteur Activités
en Isère, constituent ces nouvelles formes d’organisations économiques. En se co-salariant au
sein d’une même entreprise qu’ils construisent et gèrent ensemble démocratiquement, les « 
entrepreneurs-salariés » de la mutuelle de travail se dotent collectivement de ce à quoi ils
n’auraient pas accès s’ils étaient entrepreneurs individuels : droit du travail, protection sociale,
formation continue, outils financiers, mécanismes de solidarité, opportunités d’affaires. Au
travers de la mutuelle de travail, c’est une réflexion sur l’économie qui est mise en pratique :
comment réinventer l’entreprise afin qu’elle soit un outil démocratique d’épanouissement, de
socialisation, d’émancipation, au service des aspirations de chacun
[...]
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- Réseau Coopérer pour entreprendre

Posté le lundi 10 janvier 2011
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