Biovallée, une marque au service d’un territoire


La vallée de la Drôme présente des caractéristiques géographiques, historiques, sociales, économiques qui ont facilité l’appropriation et la déclinaison locale du concept de développement durable. Mais sans la volonté forte des collectivités locales et le dynamisme des acteurs de l’ESS, ces atouts n’auraient pas suffi à en faire un exemple remarquable de développement local. Cette histoire s’écrit désormais aussi autour de la marque Biovallée® gérée par une association rassemblant acteurs de la société civile et collectivités locales. Echanges avec Anne-Sophie Chupin, directrice de l’association de promotion et de gestion de la marque Biovallée®, et Philippe Méjean, chef de projet du Grand Projet Rhône-Alpes Biovallée.

En quelques mots, quelles sont les spécificités territoriales qui ont fait naître le concept et la marque Biovallée® dans la vallée de la Drôme ?
Le contexte géographique est essentiel. Cette zone jouit d’une grande biodiversité grâce notamment à l’existence de terroirs et de micro-climats contrastés sur un territoire de 2200 km2. De plus l’environnement y a été plutôt préservé compte-tenu d’une agriculture traditionnellement extensive
Par ailleurs, cette vallée a toujours été une zone de transit [1] et de rencontres entre populations. Dans son histoire récente la vallée a notamment connu l’arrivée de nombreux néo-ruraux qui se sont intégrés à la vie locale et ont favorisé le développement de l’agriculture biologique [2] ou de l’innovation sociale [3]. Qualité environnementale, qualité de vie sociale, innovations, autant de facteurs qui ont permis aux collectivités locales et aux acteurs du territoire de lancer et d’amplifier une démarche de progrès autour du développement durable et de la marque Biovallée®.

Quel a été le rôle des collectivités dans le processus de création de la marque Biovallée® ?Biovallée
Au-delà d’un contexte favorable déjà évoqué, le point de départ a été au début des années 90, le travail mené autour de la rivière Drôme par la Communauté de communes du Val de Drôme (CCVD) en collaboration avec les autres intercommunalités du territoire. Une Commission locale de l’Eau a alors été mise en place et a élaboré le premier Schéma d’aménagement pour la gestion de l’eau (SAGE) en France [4]. Cette première étape a permis de rassembler les collectivités et les acteurs du territoire dans une même dynamique et de renforcer les habitudes de travail en commun. Fondée sur les 4 piliers du développement durable, naît alors la volonté de préserver les ressources naturelles du territoire et de les valoriser au bénéfice des habitants de la vallée. Les collectivités locales [5] s’associent et avancent progressivement dans l’élaboration d’une stratégie commune de développement autour de 3 axes principaux : renforcer les éco-activités et démultiplier les pratiques de développement durable, protéger et valoriser les ressources avec un objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2020, faire de la Biovallée un territoire au développement multipolaire, en réseau. Cette démarche commune se concrétise en plusieurs étapes : dépôt de la marque Biovallée® en 2002, reconnaissance comme Pôle d’excellence rural (PER) puis Grand Projet Rhône-Alpes (GPRA) [6] de 2006 à 2009 et création de l’association de promotion et de gestion de la marque Biovallée® au printemps 2012.

Quels sont les objectifs et le fonctionnement de l’association ?
C’est à la naissance de l’association que le véritable travail autour de la marque de territoire Biovallée a démarré. L’association a en effet instauré une gestion inclusive de la marque associant collectivités locales et acteurs socio-économiques. A travers la marque Biovallée®, tous sont invités à participer à la construction de l’image du territoire par des actions concrètes [7] et tous peuvent utiliser la marque, bénéficier de son image positive et s’insérer ainsi dans un réseau dynamique. Quand une collectivité, une entreprise ou une association souhaite adhérer elle signe un contrat d’usage de la marque qui est adossé à une charte à points comptant 55 actions possibles pour s’inscrire dans une démarche de progrès. L’association Biovallée® et le nouvel adhérent potentiel fixent ensemble les actions à entreprendre pour que ce dernier obtienne au moins 30 points en 3 ans. Il peut s’agir d’améliorations dans les domaines environnementaux (40 points potentiels), sociaux (25 points), économiques (25 points) ou de gouvernance (10 points), les quatre piliers du développement durable. L’association Biovallée® assure conseil et accompagnement du nouvel adhérent dans la réalisation des objectifs qu’il s’est fixé.
Entre fin 2012 et juin 2014, l’association est passée d’une dizaine de membres à près de 75 [8]. Elle est organisée en 2 collèges, l’un rassemblant les collectivités (les EPCI porteuses du projet, la Région et le Département), l’autre les associations et entreprises. Ces deux collèges sont représentés au bureau de l’association, qui aujourd’hui compte elle-même 3 salariés et une étudiante en mission STARTER.

Quelle place occupe l’ESS dans le projet Biovallée ?Biovallée
L’histoire de notre territoire et le soutien ancien de la CCVD au développement de l’ESS font du secteur un point d’appui important pour la mise en œuvre des actions Biovallée. Les coopératives ont par exemple un rôle très important dans les secteurs de l’éco-construction, des circuits-courts, de l’agriculture locale. Nous avons également essayé de mettre en place un PTCE en partenariat avec plusieurs acteurs du territoire dont la Coopérative d’activité Solstice et l’association AIDER sans être retenu pour le moment. Le territoire compte également un tissu de plus de 1000 associations intervenant dans les champs de l’action sociale, de la culture, de la protection de l’environnement... Pour autant, si cette richesse est indéniablement un atout dans la réalisation de nos objectifs, nous nous attachons davantage aux démarches de développement durable des acteurs qu’à leur statut.

Quels sont les impacts de cette stratégie pour le territoire ?Biovallée
La marque Biovallée® a un effet boule de de neige, elle génère de la mise en réseaux, elle est entraînante sans être contraignante. La démarche entreprise il y a plus de 20 ans apporte indéniablement des bénéfices directs et indirects au territoire. L’environnement préservé et la naissance de nouvelles activités renforcent la qualité de vie pour les habitants. L’agriculture biologique continue à se développer et de nouveaux circuits de distribution en circuits-courts se consolident. L’attractivité de la vallée de la Drôme est renforcée grâce à une image positive qui se diffuse au-delà des frontières nationales et de nouvelles activités associant développement durable et innovation s’installent. Des partenariats se sont également mis en place avec les centres universitaires régionaux. Enfin d’autres territoires s’inspirent de certaines de nos actions comme les pépinières agricoles ou les opérations DOREMI de rénovation énergétique de l’habitat privé. Le modèle d’une marque de territoire inclusive gérée par une association suscite également de l’intérêt ; nous sommes par exemple en relation avec le réseau des bio-districts italiens qui s’intéressent au fonctionnement de Biovallée. Cela encourage à poursuivre et amplifier cette dynamique !

Pour en savoir plus : www.biovallee.fr

Photo : Laure Maud pouur Biovallée®


[1] notamment entre la vallée du Rhône et les Alpes avec un col à moins de 2000m

[2] plus de 30% des agriculteurs sont en agriculture bio fin 2013

[3] 21 % des emplois du territoire sont dans l’ESS fin 2011 et le territoire compte déjà près de 75 acteurs économiques s’inscrivant dans la Charte Biovallée de développement humain durable et de nombreuses autres avec certifications

[4] Cette démarche a d’ailleurs été reconnu internationalement par l’obtention en 2005 du 1 er prix mondial pour la gestion de l’eau, le River Prize

[5] Parmi les 4 intercommunalités d’origine (Communauté de communes du Val de Drôme, Communauté de communes du Pays de Saillans, Communauté de communes du Crestois, Communauté de communes du Pays Diois) celles du Crestois et du Pays de Saillans ont depuis fusionnés ensemble et avec la Ville de Crest. Biovallée couvre aujourd’hui le territoire de 97 communes rassemblant 57 000 habitants

[6] la reconnaissance en 2009 de Biovallée comme l’un des 7 Grand Projets Rhône-Alpes a permis le co-financement par la région Rhône-Alpes de plus 100 projets de développement durable : éco-quartiers, économies d’énergie, éco-construciton, pépinières d’installation agricoles en bio,...

[7] Par exemple :
- Souscrire un abonnement électrique garantissant des sources d’énergie renouvelable,
- Utiliser des produits d’entretien biodégradables,
- Disposer de plus de 75 % d’essences locales parmi ses arbres et arbustes,
- Adopter une gouvernance plus démocratique et participative
- Participer à la gouvernance de structures d’ESS,
- Acheter plus de 50% de ses fournitures à moins de 200 kms,
- Avoir tous les salaires supérieurs de 5% au SMIC ou de 10%,
- Favoriser l’insertion dans les recrutements ou dans ses marchés.

[8] 50 % d’entreprises, 30 % d’association et 20 % de communes ou de communautés de communes. 8 % des emplois du territoires sont dans une structure ayant signé la charte

Cet article est repris du site http://rtes.fr/Biovallee-une-marque-au-service-d
PDF
Posté le mercredi 9 juillet 2014
©© eco-co-sol, article sous licence creative common (cc by-nc-sa) info