BLABLACAR, remet en cause le co-voiturage de proximité

un article de l’association Eco Mobile proposé par le site de l’ARDES Basse Normandie


Il est courant que les entreprises tournées vers les profits s’habillent de social et d’environnemental. D’autres surfent également sur la vague de la démarche collaborative, avant de tomber le masque. Illustration.

Comme de nombreux acteurs publics, la Région Basse-Normandie avait confié à la société Comuto, propriétaire de la marque Blablacar, la mission de réaliser un site internet de covoiturage spécifiquement adapté aux besoins de ses habitants. Ce site, www.covoiturage-basse-normandie.fr, était l’outil central d’une ambitieuse campagne régionale de sensibilisation au covoiturage.
Pour porter cette action aux quatre coins de la Basse-Normandie, cinq associations animatrices bénéficiaient d’un système de financements croisés Région-ADEME-FEDER. Leur tâche était de rencontrer les entreprises, les administrations et les collectivités, afin de relayer la campagne de sensibilisation auprès d’un maximum de salariés. Les moyens mis en œuvre allaient de la diffusion de supports de communication à l’organisation de réunions collectives, d’ateliers pédagogiques, de stands d’information... Les associations animatrices étaient également missionnées pour sensibiliser le grand public sur les avantages du covoiturage et lui faire connaître l’existence du site internet régional. Le but principal de ce travail de terrain était évidemment de faire adhérer le plus de gens possible au service et de multiplier ainsi les possibilités de covoiturage régulier sur le territoire.

Mais, à la mi-novembre 2014, la Région Basse-Normandie et les autres acteurs publics qui avaient fait confiance à la société Comuto ont eu une mauvaise surprise. Le même jour et sans prévenir, Comuto a unilatéralement modifié le site www.covoiturage-basse-normandie.fr et les autres sites de covoiturage de proximité dont elle avait la charge (celui du département de l’Oise, de la Ville de Vélizy-Villacoublay, de la Ville de Roubaix, de la Ville de Boulogne-Billancourt, de la Ville de Levallois, de la Communauté urbaine de Strasbourg…). Concrètement, les modifications subies par ces sites signifient que quiconque s’y connecte se trouve directement renvoyé vers le site de Comuto, www.covoiturage.fr, plus connu sous le nom de www.blablacar.fr.

Ceci n’aurait que peu d’incidence si les services proposés par le site Blablacar étaient les mêmes que ceux des sites de covoiturage de proximité. Mais il n’en est rien. En comparaison, les sites de proximité proposent des covoiturages moins onéreux, sans frais de mise en relation. Ils ne nécessitent pas de carte bancaire, permettent une recherche spécifique pour les trajets réguliers (domicile-travail notamment) et concentrent en général un nombre plus important d’offres de trajets locaux.
En Basse-Normandie, l’issue de la campagne publique de sensibilisation au covoiturage se résume donc pour l’instant à un constat révoltant et assez déprimant : les fruits du minutieux travail de terrain mené par les associations animatrices du dispositif se trouvent entièrement récupérés par Blablacar, sans autre forme de procès et aux frais du contribuable.
Blablacar surfe sur l’image positive dont l’économie collaborative bénéficie aux yeux du grand public. Mais n’oublions pas qu’économie collaborative rime aussi très bien avec ultra-libéralisme, dents longues et business agressif... A bon entendeur.

Association Eco-mobile.

Cet article est repris du site http://www.ardes.org/BLABLACAR-UNE-ENTREPRISE-SANS
Posté le mardi 24 février 2015
©© eco-co-sol, article sous licence creative common (cc by-nc-sa) info