Un article de François Jarrige repris de la Vie des Idées
Ce texte est une réponse à l’article de André Fleury & Roland Vidal paru sous le titre L’autosuffisance agricole des villes, une vaine utopie ?, La Vie des idées, 3 juin 2010.
Dans leur article sur « L’autosuffisance agricole des villes, une vaine utopie ? », André Fleury et Roland Vidal posent la question de l’échelle pertinente pour penser l’autosuffisance alimentaire. Ils insistent sur la complexité et l’ambivalence de la notion d’autosuffisance en montrant que, parfois, « l’écologie d’échelle rejoint l’économie d’échelle » et que la production à proximité des lieux de consommation n’est pas toujours le choix le plus rationnel, ou le plus raisonnable, en matière écologique. À partir de ce constat salutaire, ils choisissent de critiquer les « vaines utopies », « les rêves des citadins » et les illusions « nostalgiques » des partisans de l’autosuffisance, des « circuits courts » ou des expériences du type Amap (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Ces dernières sont disqualifiées en une trop brève phrase finale, comme étant des expériences « si demandées par les citadins et si peu par les agriculteurs franciliens ». Les deux auteurs mettent par ailleurs gravement en garde le lecteur contre la tentation d’« un retour en arrière qui rejetterait ce que la modernité a apporté à l’humanité et à son système d’alimentation ». Mais ce recours au spectre de la barbarie ne semble pas non plus très convaincant : les Amap ou la nouvelle tentation du retour à la bougie en quelque sorte ! Dans leur article, les multiples expériences de circuits courts apparaissent comme la dernière manifestation de l’illusion de citadins désœuvrés, enfermés dans la nostalgie d’une campagne idéalisée.
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