AGSEL, ou la mutation d’une association en coopérative dans l’entretien de l’espace rural et du littoral.

Interview de Laurent Troadec, gérant de la Scic Agsel


Interview de Laurent Troadec, gérant de la Scic Agsel. (Reportage vidéo)

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

J’ai suivi un cursus universitaire en biologie et écologie : un DUT suivi d’une maîtrise en océanographie puis un DESS en écologie des eaux continentales. J’ai été employé à la CUB (maintenant BMO) dans le cadre de la préparation du Contrat de baie de la rade de Brest avant mon implication dans le projet AGSEL.

En quoi consiste le projet AGSEL dans sa forme actuelle ?

Il s’agit de développer une activité professionnelle d’entretien de l’espace rural et du littoral visant plus particulièrement les espaces naturels.

La société AGSEL (Agence pour la Gestion du Service du Littoral) qui existe depuis 3 ans reprend en tant que société coopérative sous forme de Scic l’activité qui avait été développée dans un cadre associatif (association AGSEL) durant une douzaine d’années.

Qu’est-ce qui a amené le passage d’une association vers une Scic ? Pour quel bénéfice, et avec quelles difficultés éventuelles ?

C’est une évolution vers une autonomie économique et une maturité technique. L’association avait pour but de défricher un domaine d’activité qui portait sur les besoins d’entretien des espaces naturels et du littoral sur le Pays de Brest.

L’association AGSEL s’est trouvé à un moment donné en contradiction avec l’activité économique qu’elle générait. La forme associative peut parfois limiter les choses, notamment au niveau de la prise de risques. L’esprit d’entreprise réclame une certaine autonomie...

Il fallait en outre changer la vision "extérieure" de la structure.
Cela intervenait sur la reconnaissance professionnelle des employés et des compétences de la structure. Ainsi que sur le soutien de la banque dans un contexte qui nécessite d’investir pour améliorer l’outil de travail et le service.
Pour permettre la transition, il a fallu débattre au sein de l’association, et convaincre les clients et collectivités sur la nécessité du changement. Certains étaient favorables, d’autres nous ont suivi au vu des décisions de l’association.

Pour pouvoir passer en société (SARL) il a fallu créer un capital en faisant appel aux salariés et membres de l’association, aux usagers ainsi qu’aux collectivités et associations locales (une SCIC permet d’intégrer divers types de sociétaires). J’avais un doute au départ sur le fait de pouvoir réunir les fonds, mais nous avons réussi. Cela a représenté un travail considérable et des centaines de coups de fil...

Par contre, une Scic permet changer de statut sans changer de personne morale. Ce qui a évité de dissoudre l’association initiale et limité d’autant les démarches administratives.

Nous avons beaucoup été aidé par l’URSCOP sur cette partie administrative. Encore une fois, cela a représenté un travail énorme mais la transition a généré un surcroit de motivation dans le projet. Cela nous a vraiment permit de passer à une échelle supérieure en terme de qualité d’équipement, de services et de reconnaissance.

Comment s’opère la coopération avec les acteurs au sein de la Scic ?

Assurer l’activité quotidienne de la structure et l’animation d’une dynamique coopérative n’est pas simple, mais la nature des sociétaires crée des interactions naturelles au sein de la Scic.

Nous avons par exemple dans l’assemblée des sociétaires une association de pêche car nous entretenons les cours d’eau du pays de Daoulas. Ils interviennent lors de l’Assemblée générale pour nous proposer éventuellement d’autres options sur la manière de faire les choses. Cela leur permet de faire valoir leur point de vue, ce qui ne serait pas forcément le cas avec une entreprise « traditionnelle ».

Nous avons aussi des randonneurs car nous aménageons les sentiers de randonnée et côtiers. Ils ont bien perçu l’intérêt de travailler avec nous en tant qu’usagers et leur Fédération a notamment investi dans le capital de manière significative.
Nous agissons sur des projets en commun, AGSEL sur la partie concrète des aménagements, les randonneurs sur la partie bénévolat consacrée au tracé et au balisage des parcours.
Il y a aussi des sociétaires « individuels » qui nous suivent et que l’on essaye de tenir informer en dehors des assemblées de sociétaires par le site internet.

Au delà des assemblées nous cotoyions les sociétaires sur le terrain. Nous échangeons directement sur les choses à mettre en place. J’ai bon espoir que cette dynamique contribue à terme à tisser un vrai réseau.

Un réseau qui débouche sur de l’activité économique...

Oui et qui traduise au niveau local l’intérêt et le besoin d’une structure d’entretien des espaces naturels telle qu’AGSEL.

Mais le profit n’est pas une fin en soit, nous cherchons à créer une activité sur territoire. Nous sommes dans une « niche » et nous intervenons dans un domaine d’activité en devenir qui, même si il y règne une certaine concurrence, n’est pas encore un véritable marché. Nous sommes donc à la fois promoteur et opérateur de ce domaine d’activité sur le Pays de Brest.

Une des actions de la Scic tourne autour de la sensibilisation du public. Pouvez-vous préciser cet aspect du projet ?

Depuis le début du projet nous faisons de la sensibilisation pour le public sur les questions d’environnement, notamment autour des macro déchets sur le littoral. Pour autant nous ne sommes pas une structure d’éducation à l’environnement.

Le fait est que nous sommes de plus en plus sollicités pour des interventions pédagogiques bénévoles, notamment autour de chantiers de jeunes par exemple. C’est intéressant à titre ponctuel et cela apporte toujours de la nouveauté pour la structure et aux agents qui y participent.
Maintenant ce n’est pas notre métier... mais nous nous efforçons de répondre aux sollicitations dans la mesure du possible en fonction de notre charge d’activité...

Disons que, globalement nous essayons de garder une cohérence entre les actes de la société et le discours qu’elle tient, notamment sur le site internet.

A propos du site, quel sont ses fonctions ?

Il y a d’un coté le site vitrine, statique, et de l’autre un site portail dédié à la vie du projet et orienté vers les coopérants. Ce portail propose régulièrement des informations sur les chantiers et la vie de la SCIC. La difficulté est parfois de trouver du temps pour le tenir à jour. Les réseaux sociaux pourraient être une solution plus commode pour communiquer avec les coopérants ... il y a une étape à franchir de notre côté pour progresser dans ce sens.

Le site de la société AGSEL : www.agsel.fr

Interview réalisée par l’association Tiriad

Reportage vidéo

Réalisation Canal Ti Zef

Ce portrait d’acteur de l’économie sociale et solidaire a été réalisé avec le soutien de Brest métropole océane
Posté le mardi 20 mars 2012
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